L’ancien chef d’état est décédé aux Cayes le 10 janvier 1923. 15 ans après avoir été choisi par l’Assemblée Nationale comme 19ème président du pays, pour un mandat qui allait durer deux ans et demi. Son passage à la tête du pays a été marqué par de nombreuses innovations telles que l’électricité, le cinéma et l’asphaltage des rues de la capitale. Cependant, il a également été confronté à de nombreuses contestations, notamment en raison du contrat Mac Donald. La présidence d’Antoine Simon a inauguré une période d’instabilité politique pour le pays, où pas moins de sept présidents se sont succédés en seulement sept ans.
Né le 10 octobre 1843 sur l’Habitation Simon, Plaine des Cayes, François Antoine Simon était le fils de Simon Antoine, officier de l’armée, et d’Alzéïde Avril, marchande. Sa carrière politique a commencé modestement, avec une entrée dans la police municipale en tant que jeune homme, avant de rejoindre l’Armée d’Haïti. Il gravit les échelons, devenant commandant des troupes du Département Sud en 1883.
Simon, militaire chevronné, a connu les affres du combat lors des révoltes autour de Jérémie contre Salomon. Colonel en 1867, il atteint le grade de général de division en 1881, prenant successivement le commandement des places et des arrondissements de Jérémie et des Cayes. À son accession à la présidence, il était déjà propriétaire de plusieurs habitations dans la plaine des Cayes, où il avait exercé des fonctions importantes pendant plus de vingt ans.
En 1908, alors que la famine sévissait dans le Département du Sud, une émeute a éclaté, conduisant à un mouvement de rébellion que le général Antoine Simon a tenté de calmer pacifiquement, malgré l’ordre de répression qu’il avait reçu. Cette désobéissance a entraîné sa révocation en novembre 1908 par le président Nord Alexis. Simon a réagi en prenant la tête de centaines de militaires, marchant sur Port-au-Prince pour renverser le gouvernement en place.
Son passage à la présidence en 1908 a marqué le début d’une période d’instabilité politique, avec sept changements de président en seulement sept ans. Simon a également été confronté à des défis, notamment une émeute liée à la famine dans le Département Sud en 1908, qu’il a tenté de résoudre pacifiquement malgré les ordres contraires.
Si son intelligence était indéniable, Antoine Simon a souvent été victime de préjugés sociaux, notamment de l’élite de la capitale. Les moqueries et les rumeurs ont souvent visé sa fille, Celestina Simon, et la famille du président.
Pendant son premier mandat, Simon a réussi à éviter de nombreux scandales administratifs, axant son gouvernement sur le progrès. Il a favorisé le retour des exilés politiques et travaillé à relancer la production agricole, rétablir l’industrie sucrière, construire un réseau ferroviaire national, asphalter les rues, fournir de l’électricité et introduire les premières automobiles en Haïti.
Un mandat controversé
Cependant, le projet le plus controversé de Simon restera le contrat « Mac Donald ». Signé avec l’homme d’affaires américain James Mac Donald, il visait à produire des figues-bananes à grande échelle et à construire des lignes de chemin de fer de Port-au-Prince au Cap-Haïtien.
Le projet avait pour objectif de diversifier les exportations haïtiennes, initialement axées sur le café. Cependant, il nécessitait un emprunt important, créant une dette risquée pour le gouvernement. De plus, le contrat accordait à Mac Donald des pouvoirs considérables, y compris un monopole sur l’achat de figues-bananes auprès des cultivateurs.
La réalisation du contrat a entraîné des évictions massives de petits agriculteurs, provoquant des protestations et alimentant l’opposition politique contre le gouvernement de Simon.
Le destin politique d’Antoine Simon a pris un tournant dramatique en février 1911, lorsque des incendies ont ravagé la ville des Cayes, attribués par beaucoup à des adversaires politiques. Les déplacements massifs de populations agricoles au profit d’intérêts étrangers ont alimenté le mécontentement général, donnant lieu à des révoltes armées, dont celle d’Ouanaminthe en février 1911.
Antoine Simon, à la tête de troupes, a tenté de réprimer l’insurrection à Ouanaminthe, mais elle a repris à Ferrier le 8 mai, s’étendant à Capotille, Maribaroux et Mont-Organisé. Malgré les efforts du général Horelle Momplaisir, chef de l’armée, la révolte a persisté.
En juillet 1911, Port-au-Prince est tombé aux mains d’un groupe rebelle dirigé par Cincinnatus Leconte. Le 2 août, Antoine Simon a été contraint à l’exil en Jamaïque, mettant fin à son mandat de 2 ans, 7 mois et 16 jours à la présidence.
Cependant, le vide politique qui a suivi a créé une période d’instabilité. Entre août 1912 et juillet 1915, cinq présidents se sont succédé, marquant une époque tumultueuse dans l’histoire politique d’Haïti, jusqu’à l’Occupation américaine.
Bien qu’il soit revenu en Haïti quelques années plus tard, en 1916, Antoine Simon s’est retiré de la vie politique. Il est décédé le 10 mars 1923 aux Cayes. Son héritage, entre progrès et controverses, demeure un sujet de débat et d’étude pour les générations futures en Haïti.

