Le commissariat de Ganthier n’est plus qu’un tas de ruines fumantes. Ce jeudi 25 juillet, le gang 400 Mawozo a parachevé la destruction du symbole de l’autorité étatique dans cette commune stratégique, située à 45 kilomètres à l’est de Port-au-Prince. « Ganthier était sous contrôle total des bandits », avait déploré Jean Viloner Victor, le maire de la ville, joint par téléphone. « Ils ont occupé tous les bâtiments administratifs. Seuls les bureaux de la douane à Fond-Parisien échappent encore à leur emprise. »
Longtemps considérée comme un rempart contre l’expansion des gangs, Ganthier a résisté pendant deux ans aux assauts répétés des criminels. Mais dimanche 21 juillet, le gang 400 Mawozo a lancé une offensive massive. Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, leur chef, Wilson Joseph alias « Lanmò 100 jou », s’est pavané torse nu dans l’enceinte du commissariat en ruines. « Les Ganthiérois ont tenté de s’en prendre à nous et l’ont payé cher », menace-t-il, annonçant que Fond-Parisien sera sa prochaine cible.
Le bilan humain est lourd : au moins quatre personnes ont été tuées, dont l’ancien maire Fils Gilson, torturé avant d’être assassiné. La violence a provoqué un exode massif : 3 830 personnes ont fui vers Fond-Parisien, cherchant refuge auprès de proches.
Une réponse sécuritaire en question
Face à cette situation critique, les autorités haïtiennes et la mission de soutien à la sécurité multinationale, menée par le Kenya, ont réagi. Jeudi après-midi, deux véhicules blindés ont finalement pénétré dans Ganthier. « Les unités spécialisées de la PNH ont pourchassé les bandits et ont repris le contrôle du commissariat », a affirmé un communiqué officiel.
Cependant, l’efficacité de cette intervention tardive soulève des questions. « Les véhicules blindés seuls ne suffisent pas pour s’attaquer au type de criminalité que nous avons ici », critique le maire Victor. Réginald Delva, ancien responsable de la sécurité publique, pointe du doigt l’absence de soutien aérien : « Les gangs savent où se cacher. Sans hélicoptères, vous ne pouvez pas mener une opération sérieuse, même avec des drones. »
La menace s’étend vers la frontière
La chute de Ganthier ouvre une brèche inquiétante vers la frontière dominicaine. « Si rien n’est fait, l’État haïtien ne disposera plus d’aucun contrôle sur la frontière », alerte le maire Victor. « La République dominicaine n’aura que deux choix : fermer sa frontière terrestre avec Haïti ou accepter d’interagir avec les bandits. »
À Fond-Parisien, dernière commune avant le poste-frontière de Malpasse, l’inquiétude grandit. Le Dr Ted Higgins, qui dirige l’un des rares centres médicaux encore opérationnels dans la région, a dû demander à son personnel de se relocaliser. « Ganthier était notre ligne de front. Nous sommes la prochaine étape. Nous avons besoin d’aide », implore-t-il.
Alors que le gouvernement haïtien a déclaré l’état d’urgence dans 14 zones sous contrôle des gangs, la communauté internationale peine à apporter une réponse adéquate. Brian Nichols, secrétaire d’État adjoint américain pour l’hémisphère occidental, reconnaît que la mission a besoin de plus de ressources. Mais pour l’heure, c’est la loi des gangs qui s’impose à Ganthier. Et l’ombre de leur violence plane désormais sur la frontière.

