Changement à la tête des Forces Armées d’Haïti (FAd’H) : le Général de brigade Derby Guerrier a été nommé mercredi 7 août comme nouveau commandant en chef, remplaçant le Lieutenant-Général Jodel Lessage. Cette décision a été prise conjointement par le Conseil présidentiel de transition (CPT) et le Gouvernement, dans le but de rétablir la sécurité dans le pays face à la menace persistante des groupes armés. Les FAd’H sont appelées à jouer un rôle accru dans la lutte contre l’insécurité.
Le nouveau commandant, Derby Guerrier, avait été récemment promu général de brigade le 27 juillet 2024, après avoir occupé le poste d’assistant chef d’état-major général. Il succède ainsi au général Lessage, nommé pour la première fois en novembre 2017 par l’ancien président Jovenel Moïse.
Renforcement des capacités de l’armée : recrutement et équipement
Ce changement à la tête des FAd’H intervient dans un contexte où la Police nationale d’Haïti et les premiers contingents de la Mission multinationale d’appui à la sécurité peinent à contenir la menace des groupes criminels. Afin de répondre à cette crise sécuritaire, le ministère de la Défense a pris plusieurs mesures.
Tout d’abord, il a placé les FAd’H en « condition D », soit un état d’alerte maximum, comme l’avait ordonné le 17 juin le ministre Jean Marc Berthier Antoine. Par ailleurs, une commande d’armes et de matériels roulants a été passée pour renforcer les capacités opérationnelles de l’armée.
Un processus de recrutement de 1500 nouveaux soldats a également été lancé du 1er au 12 août 2024, avec un appel à candidatures en ligne. Les pièces exigées pour l’inscription incluent des documents d’identité, des justificatifs scolaires et une lettre de motivation. Les principaux critères d’admission sont la nationalité haïtienne, l’âge (18-25 ans), la santé physique et mentale, et une taille minimum (1m60 pour les femmes, 1m70 pour les hommes).
Vers une possible coopération avec les États-Unis et Taïwan
Dans ce contexte, les autorités haïtiennes semblent aussi se tourner vers une éventuelle coopération internationale. Lors de récentes rencontres, l’ambassadeur américain et l’ambassadeur de Taïwan ont évoqué la possibilité d’une formation des militaires haïtiens.
Cette volonté de redonner à l’armée un rôle central dans la sécurité du pays marque un tournant significatif, douze ans après la dissolution des FAd’H sous le président Aristide en 1995. Après des années de faiblesse, l’armée haïtienne semble ainsi appelée à regagner en puissance face à la dégradation de la situation sécuritaire.
Depuis sa dissolution en décembre 1995 sous le président Jean-Bertrand Aristide et sa remobilisation le 17 novembre 2017 par Jovenel Moïse, l’Armée d’Haïti peine à retrouver ses capacités opérationnelles. Face à la menace des gangs et à un effectif policier insuffisant, le ministère de la Défense mise sur ce recrutement pour renforcer les forces armées.
Jean Ronel Sistanis a été officiellement installé comme nouveau directeur général du ministère de la Défense le 29 juillet 2024. Lors de cette cérémonie, le ministre de la Défense, Berthier Antoine, a déclaré : « Là où règne la peur, il faut établir la sécurité. »
Dans un contexte marqué par une insécurité croissante, malgré la coopération avec les membres de la Mission multinationale d’Assistance à la Sécurité en Haïti (MMAS), l’augmentation de l’effectif des Forces Armées d’Haïti est jugée cruciale pour améliorer leur efficacité opérationnelle.
Depuis la démobilisation de l’armée en 1994, c’est la première fois que les États-Unis évoquent la possibilité d’une coopération avec les FAd’H. Lors d’une rencontre le mercredi 3 juillet avec le ministre haïtien de la Défense, l’ambassadeur américain à Port-au-Prince a abordé le rôle des FAD’H dans le rétablissement de la sécurité dans le pays. La formation des militaires haïtiens a également été discutée lors d’une autre rencontre entre le ministre et l’ambassadeur de Taïwan.
Ce changement de commandement intervient dans un contexte tendu où les groupes armés continuent de terroriser la population, malgré les efforts de la Police nationale d’Haïti et des forces onusiennes. Le renforcement des capacités des FAd’H, à travers un recrutement massif et un meilleur équipement, semble être la priorité des autorités pour tenter de restaurer la sécurité dans le pays.
Avec ce nouveau général à sa tête, l’armée haïtienne est appelée à jouer un rôle de premier plan dans cette lutte contre l’insécurité. Mais au-delà du simple changement de commandement, c’est toute la question de la place et du rôle des forces armées dans le paysage sécuritaire haïtien qui se pose. Une réflexion approfondie sur la réforme et la modernisation de l’armée semble nécessaire pour relever ce défi majeur.

