Le nombre d’enfants recrutés par les bandes armées a augmenté de 70 % en un an, entre le deuxième trimestre de 2023 et le deuxième trimestre de 2024, selon l’UNICEF. L’organisation onusienne estime que entre 30 % et 50 % des membres de ces gangs sont des enfants. « Ce pic sans précédent […] montre une aggravation de la crise de la protection de l’enfance », s’inquiète le Fonds des Nations unies pour l’enfance. Ces gangs, qui contrôlent environ 80 % de la capitale Port-au-Prince, s’attaquent régulièrement aux civils, malgré le déploiement d’une mission multinationale de soutien à la sécurité.
Les jeunes garçons sont souvent utilisés comme informateurs (toutè) « parce qu’ils sont invisibles et ne sont pas considérés comme une menace ». Ils deviennent des sources d’information précieuses, capables de se fondre dans la masse pour collecter des renseignements stratégiques sur leurs rivaux et les forces de l’ordre. Certains reçoivent des armes et sont forcés de participer à des attaques.
Les filles sont doublement exploitées : contraintes aux tâches domestiques et victimes d’agressions sexuelles, réduites au statut d' »épouses » des membres de gangs.
Ce processus les soumet à un endoctrinement à la violence qui traumatise définitivement leur développement psychologique.
« Les enfants d’Haïti sont pris au piège d’un cercle vicieux: ils sont recrutés par les groupes armés qui alimentent leur désespoir, et leur nombre ne cesse d’augmenter », a déclaré la directrice générale de l’organisation onusienne, Catherine Russell.
La semaine dernière, des incidents grave se sont produits impliquant des enfants enrôlés dans des gangs. Un jeune garçon a été intercepté entre Pétion-Ville et Bourdon, retrouvé mort parmi d’autres membres de gangs alors qu’ils se dirigeaient vers Canapé-Vert.
Deux mineurs ont été appréhendés à Delmas 30-32, où ils étaient utilisés comme éclaireurs par des bandes criminelles. Ces enfants ont été remis à la police, échappant potentiellement à un « Bwa Kale » certain.
Un avenir compromis
Plusieurs facteurs contribuent à ce recrutement massif. La pauvreté généralisée, le manque d’accès à l’éducation et le quasi-effondrement des services essentiels poussent de nombreux jeunes vers les gangs. Près de 45 % des établissements de santé en Haïti sont fermés ou dysfonctionnels en raison de l’insécurité. Cette situation prive des milliers d’enfants de soins médicaux essentiels, les exposant à la malnutrition et aux maladies. Près de 400 000 enfants en Haïti sont aujourd’hui privés de leur droit fondamental à l’éducation. « Les enfants et les familles sont de plus en plus désespérés en raison de l’extrême pauvreté », explique Geeta Narayan, représentante de l’UNICEF en Haïti.
Dans un pays où plus de 60 % de la population vit avec moins de 4 dollars par jour, les gangs offrent un attrait financier pour des enfants démunis. Un mineur interrogé dans le cadre d’un rapport du Conseil de sécurité des Nations unies a déclaré qu’il était payé 33 dollars chaque samedi. D’autres ont rapporté avoir reçu des milliers de dollars au cours de leur premier mois au sein d’un gang.
Si les enfants refusent de rejoindre un gang, ils sont souvent menacés, eux ou leur famille, ou enlevés. Les gangs ciblent également les enfants séparés de leur famille après avoir été expulsés de la République dominicaine.
La violence des gangs a fait plus de 700 000 sans-abri ces dernières années, dont environ 365 000 mineurs. Nombre d’entre eux vivent dans des abris de fortune, où ils sont à la merci des gangs et subissent des violences physiques et sexuelles. « Les groupes criminels en Haïti soumettent les filles et les femmes à d’horribles abus sexuels », dénonce un rapport de Human Rights Watch.
L’UNICEF et l’IBESR lancent un appel à la mobilisation pour protéger les droits des enfants d’Haïti. « Il est impératif d’intensifier nos efforts pour répondre à cette crise », souligne Geeta Narayan, Représentante de l’UNICEF en Haïti. L’organisation met en place des espaces sécurisés pour les enfants déplacés, des centres de transit pour les anciens enfants soldats, et distribue des fournitures scolaires et des kits de première nécessité. L’UNICEF et l’IBESR collaborent avec les autorités et partenaires pour protéger ces enfants, leur offrir un soutien psychosocial et les aider à retrouver une vie normale. Un programme de réinsertion est en cours pour 137 enfants sortis des groupes armés.

