Le drame a débuté avec la maladie du fils de Altès Wa Mikanò, de son vrai nom Monel Félix, figure influente du gang de Wharf Jérémie qui sévit à Cité Soleil. Convaincu que son enfant était victime de maléfices, Mikanò se serait tourné vers un bòkò. Ce dernier aurait désigné des habitants âgés du quartier comme responsables du mal qui frappait l’enfant.
Fou de rage et de douleur, Mikanò aurait alors ordonné à ses hommes de traquer et d’éliminer tous ceux qu’il soupçonnait d’être des lougawou. S’en est suivie une « chasse » macabre qui a terrorisé les habitants de Cité Soleil tout au long du week-end. Les membres du gang auraient agi avec une extrême brutalité, tuant au moins 60 personnes vendredi et 50 autres samedi, principalement à l’aide de machettes et de couteaux. D’autres victimes auraient été tuées hier dimanche. Les victimes, principalement des sexagénaires et des septuagénaires, ont été arrachées à leurs foyers et conduites vers un lieu inconnu pour y être exécutées.
Le bilan de cette tuerie est effroyable. Le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) fait état de plus de 110 morts, tous âgés de plus de 60 ans. Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Volker Türk, évoque un bilan encore plus lourd, s’élevant à 184 victimes. Des témoignages glaçants font état de corps mutilés et brûlés dans les rues.
Match Sanglant de Septembre
Ce massacre rappelle un incident similaire survenu en septembre dernier à Cité Soleil. Un match de football avait alors dégénéré en affrontements armés entre gangs rivaux, suite à une contestation d’un penalty. L’incident avait fait de nombreux morts et blessés, plongeant une nouvelle fois le quartier dans le chaos et la violence.
Cet enchaînement de tragédies met en lumière la mainmise croissante des gangs sur Cité Soleil et l’incapacité des autorités à garantir la sécurité des habitants. Le contrôle exercé par les gangs sur le quartier est tel que la communication est rendue extrêmement difficile, limitant la diffusion d’informations sur les événements.
Face à l’indignation générale, le gouvernement d’Alix Fils-Aimé a condamné avec véhémence ce massacre. Le Premier ministre a qualifié ces actes d' »inacceptables » et a promis de « mobiliser toutes les forces pour traquer et anéantir » les responsables.
Cependant, la capacité du gouvernement à tenir ses promesses est mise en doute. Les gangs contrôlent désormais 80% de la capitale haïtienne, Port-au-Prince. La violence, déjà endémique, s’est intensifiée depuis février 2024, date à laquelle des groupes armés ont lancé des attaques coordonnées pour renverser l’ancien Premier ministre Ariel Henry.
Impuissance
Malgré le déploiement d’une mission multinationale de soutien à la police menée par le Kenya et soutenue par l’ONU et les États-Unis, la situation sécuritaire continue de se dégrader. Le massacre de Wharf Jérémie souligne l’urgence de trouver une solution durable à la crise sécuritaire qui paralyse Haïti et plonge sa population dans une spirale de violence et de terreur.
Le pasteur Jean Enock Joseph, notable de Cité Soleil, a également dénoncé ce carnage, évoquant plus d’une centaine de victimes âgées. Il dénonce l’accusation de lougawou portée contre ces personnes, soulignant la terreur et l’irrationalité qui règnent dans le quartier.

