La communauté vodou est en deuil et en colère après le massacre brutal de près de deux cents personnes, la majorité des individus âgés, principalement dans le quartier de Wharf Jérémie à Cité Soleil. L’incident, qui s’est déroulé entre le 5 et le 7 décembre 2024, a été attribué au chef de gang Mikanò, et à ses hommes de main. La Confédération Nationale des Vodouisants Haïtiens (KNVA), dirigée par le nouvel Ati national, le Hougan Nérat Ilderice, a fermement condamné cet acte barbare.
Un acte de barbarie
Selon des sources concordantes, le massacre a été perpétré après que Mikanò ait accusé les personnes âgées du quartier d’avoir jeté un sort à son enfant. Des témoins ont rapporté que des groupes d’hommes armés ont fait irruption dans les maisons, traînant les victimes dans les rues avant de les tuer à coups de machette et de les brûler. Des hounfors ont également été fouillés.
Les témoignages recueillis par le journal Le Nouvelliste dépeignent une scène d’horreur. Un homme raconte le meurtre de son père, un adventiste du septième jour de 76 ans, poignardé puis brûlé par les hommes de Mikanò. Un autre témoin confie : « Je connais au moins une trentaine de victimes comme « Supporte », qui avait une boutique et cette vieille femme qui vendait de la confiserie ».
Le bilan exact des victimes reste incertain, des rapports faisant état de près de 200 morts. Pierre Espérance, directeur exécutif du Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH), a déploré que des corps mutilés et brûlés ont rendu l’identification difficile, et on craint que le nombre réel de victimes soit beaucoup plus élevé.
Tentatives de dissimulation
Selon des sources concordantes, Mikanò aurait organisé une rencontre nocturne en catimini, avant-hier lundi 9 décembre, avec ses hommes de main pour manipuler les habitants de la localité. Il tente de manipuler la population pour étouffer l’affaire. Mikanò et ses hommes chercheraient à monnayer des manifestants en leur offrant de petites enveloppes d’argent et des kits alimentaires. Ces gestes, sous couvert d’aide humanitaire, visent à acheter le silence des résidents face à des atrocités imputées directement au caïd. Les habitants seraient contraints de scander des slogans comme « Viv Wa Mikanò ! Se manti y’ap fè sou Mikanò ! » lors des manifestations. Les familles des victimes, déjà traumatisées, subissent une pression supplémentaire, certaines étant chassées de leurs maisons pour les faire taire.
La KNVA, dans un communiqué daté du 10 décembre 2024, a exprimé sa profonde indignation face à ce massacre. L’organisation a appelé les autorités à traduire les coupables en justice et à prendre des mesures concrètes pour protéger la communauté vodou.
Le gouvernement haïtien a également condamné l’attaque, la qualifiant d’acte de « barbarie » et d’une « cruauté insoutenable ». Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a promis que les auteurs de ce « carnage inqualifiable » seront traduits en justice. Cependant, la capacité du gouvernement à tenir cette promesse est remise en question, compte tenu de l’influence des gangs armés dans le pays.
Ce drame met en lumière l’emprise grandissante des gangs sur Port-au-Prince. Selon l’ONU, ces gangs contrôlent 85% de la capitale haïtienne. Le Conseil de sécurité de l’ONU doit se prononcer début 2025 sur la transformation de la Mission Multinationale de Soutien à la Sécurité (MSSM) en une mission onusienne.
Les ambassades du Canada, de France, des Etats-Unis, entre autres, ont condamné le massacre. L’ambassade de France a exprimé ses condoléances aux familles des victimes et appelé à ce que les auteurs soient traduits en justice. Le secrétaire d’Etat adjoint américain Brian A. Nichols a également condamné le massacre et appelé la communauté internationale à soutenir la Mission Multinationale de Soutien à la Sécurité (MSSM) dans ses efforts pour répondre aux besoins sécuritaires de la population face à la violence des gangs.
La communauté internationale a exprimé son inquiétude face à la violence croissante des gangs en Haïti. Le chef des droits de l’homme des Nations unies, Volker Türk, a signalé que plus de 5 000 personnes ont été tuées dans des violences liées aux gangs rien qu’en 2024. Il a appelé à un soutien international accru pour aider Haïti à faire face à cette crise sécuritaire.

