Encore un carnage. Encore des familles brisées. Encore des vies innocentes fauchées dans l’horreur et l’indifférence. Dimanche 16 février 2025, le gang « Kraze Baryè » de Vitelhomme Innocent a semé la terreur à Chatoblon, non loin de l’Académie de police à Frères. Une dizaine de personnes ont été massacrées, parmi elles, quatre enfants d’une même famille. La violence des gangs armés continue de défigurer le pays, et pourtant, l’État reste désespérément absent.
Ce dernier bain de sang s’ajoute à une longue liste de crimes perpétrés par des groupes criminels qui ont pris en otage la nation tout entière. Loin d’être un fait isolé, l’attaque de Chatoblon s’inscrit dans une stratégie d’expansion et de terreur, dont la récente incursion des gangs à Kenscoff est une autre preuve accablante. Face à cette montée en puissance, la population, exsangue, se demande : où sont les autorités ?
L’ancien ministre de l’Intérieur, Réginald Delva, résume bien l’incompréhension générale : comment expliquer l’incapacité persistante des responsables à concevoir et mettre en œuvre un plan global de sécurité ? Comment tolérer que les forces de l’ordre soient constamment dépassées, abandonnées par des dirigeants qui, à défaut d’être complices, semblent irrémédiablement impuissants ?
Pendant que les gangs se renforcent, s’arment et s’organisent, les citoyens, eux, fuient. Chatoblon, vidée de ses habitants, est un symbole de l’exode forcé qui touche tant de quartiers à travers le pays. Chaque famille contrainte à l’exil interne est une défaite supplémentaire pour l’État, chaque maison désertée est un territoire conquis par les criminels.
La situation exige une réponse immédiate et drastique. Il ne s’agit plus de simples opérations policières sporadiques, mais d’une véritable guerre à mener contre ceux qui terrorisent la nation. L’État haïtien ne peut plus se cacher derrière des promesses creuses et des discours vides. Il doit agir, et vite. Car à force d’inaction, c’est l’ensemble du pays qui sombre dans l’anarchie.
Si Haïti est encore une République, alors qu’elle le prouve. Laisser les gangs prospérer, c’est signer l’acte de décès d’un État déjà en lambeaux. Trop de sang a coulé. Il est temps de rendre justice aux victimes et de restaurer l’espoir d’une nation qui refuse de mourir sous les balles des criminels.

