Le Conseil présidentiel de transition (CPT) vient de frapper un grand coup politique et sécuritaire. Le 8 août 2025, à peine installé à la tête du collège présidentiel, le délégué du secteur privé Laurent Saint-Cyr a acté la révocation de Normil Rameau, directeur général a.i. de la Police nationale d’Haïti (PNH), pour le remplacer par l’inspecteur André Jonas Vladimir Paraison. Un choix qui, au-delà de la symbolique, soulève de lourds enjeux.
Officiellement, il s’agit de donner un nouveau souffle à la PNH, épuisée par un an de luttes inégales contre des gangs de mieux en mieux armés. Officieusement, ce remaniement traduit la volonté du CPT de placer un homme de terrain, réputé loyal, dans un poste stratégique au cœur de la bataille pour le contrôle de Port-au-Prince et des provinces. Paraison, ancien coordonnateur de sécurité du Palais national, cumule 30 ans de service et une image de policier dur mais pragmatique.
Mais le défi est titanesque. La PNH souffre d’un manque criant d’effectifs, de moyens logistiques et d’un moral fragilisé par les assassinats de plusieurs agents. Les gangs, eux, disposent de ressources financières colossales et bénéficient souvent de complicités politiques ou policières. Sans une réforme interne profonde et un soutien politique sans faille, même le meilleur stratège risque de se briser sur cette machine de guerre criminelle.
En remplaçant Rameau, Saint-Cyr prend le risque d’un pari à haut rendement… ou à haut risque.
Si Paraison échoue, ce ne sera pas seulement la PNH qui perdra la face, mais tout le CPT qui verra sa crédibilité s’effondrer. Dans les rues, la question est déjà sur toutes les lèvres : le nouveau patron saura-t-il, enfin, faire reculer la peur ?

