J’ai entendu les cris de joie, les célébrations vibrantes et l’émotion collective des Haïtiens, tant dans le pays qu’à l’étranger, après la victoire éclatante de la sélection nationale contre l’équipe du Nicaragua. Un succès qui lui offre automatiquement un billet pour la Coupe du Monde 2026, marquant le retour d’Haïti sur la scène mondiale après cinquante-deux ans d’absence. La dernière qualification de notre pays remonte en effet à la Coupe du Monde de 1974. Entre-temps, Haïti a traversé des périodes de gloire dans la zone CONCACAF, remportant des victoires marquantes dans plusieurs compétitions régionales.
Cette qualification revêt une signification encore plus profonde : elle survient un 18 novembre, date symbolique s’il en est, marquant la bataille de Vertières – moment décisif qui scella la fin du système esclavagiste et ouvrit la voie à la première république noire indépendante du monde. Par son exploit, la jeune équipe haïtienne remet dignement le pays sur la scène internationale, comme un écho contemporain de cette grande page de notre histoire.
Cette victoire a pour moi une triple portée historique et sociopolitique :
1. La renaissance de l’unité nationale
Le 18 novembre 1803, l’unité entre « nègres bossals » et « nègres créoles » porta un coup fatal au système colonial esclavagiste. Aujourd’hui, cette équipe rassemblée, déterminée, ressuscite cet esprit d’unité qui peut encore conduire notre nation vers la victoire et le progrès.
2. Le modèle offert par la diaspora haïtienne
La sélection, composée en grande partie de joueurs issus de la diaspora, nous donne une leçon précieuse : l’unité, la cohésion, la responsabilité et l’engagement peuvent redonner espoir à un pays. À l’opposé, la division, la corruption, la diffamation, l’impunité et le banditisme constituent les premiers ennemis du développement national.
En suivant l’exemple de nos ancêtres qui nous ont laissé en héritage cette terre sacrée, cette nouvelle génération nous rappelle une question fondamentale : qu’avons-nous fait de cette liberté conquise depuis plus de deux siècles ?
3. Le rôle indispensable de la diaspora dans la reconstruction d’Haïti
Près de 80 % des ressources qualifiées haïtiennes vivent à l’étranger, poussées dehors par des raisons que chacun connaît. Sans leur participation active, constructive et responsable, Haïti ne pourra sortir du labyrinthe où il s’enfonce depuis des décennies. La diaspora n’est pas une option : elle est une nécessité stratégique pour le redressement national.
Conclusion
La jeune équipe haïtienne, majoritairement issue de la diaspora, envoie un signal clair aux politiciens traditionnels, aux décideurs et à la population: Haïti a besoin de tous ses fils et toutes ses filles, qu’ils vivent au pays ou à l’étranger.
L’avenir national exige une nouvelle voie : celle d’une révolution tranquille, intelligente et unificatrice, fondée sur un paradigme de Responsabilité, d’Engagement et de Participation (REP).
Reynald Orival
Citoyen haïtien et caribéen engagé
Initiative Citoyenne pour le Changement

