Le spectre de la violence plane sur Fonds-Parisien. Cette commune frontalière, située à l’est de Port-au-Prince, est devenue le dernier refuge pour près de 30 000 personnes fuyant les exactions du gang des 400 Mawozo à Ganthier. Mais aujourd’hui, c’est Fonds-Parisien même qui risque de tomber aux mains des criminels.
Le week-end dernier a marqué une nouvelle escalade dans la violence. Les bandits ont soudé des barres de fer au niveau du pont Bonnette, coupant l’accès à Ganthier, Fonds-Parisien, et Malpasse. Dans un geste de défi, ils ont incendié le bureau des douanes et un véhicule blindé de la Police Nationale d’Haïti (PNH).
Wilson Joseph, alias « Lanmò san jou », chef du gang des 400 Mawozo, s’est mis en scène dans une vidéo devenue virale. Coiffé du képi d’un commissaire de police, il a nargué les autorités devant les bâtiments en flammes. « Le commissaire Lanmò san jou fait son entrée », a-t-il déclaré avec ironie, appelant le peuple haïtien à ne pas faire confiance aux forces de l’ordre.
Les autorités dépassées
Face à cette situation, la réponse des autorités semble inadéquate. Bien que la PNH affirme maintenir son « dispositif de sécurité » à Ganthier, les témoignages des résidents racontent une toute autre histoire. « L’effectif déployé par la PNH n’est pas suffisant. Le renfort reçu de quelques militaires est pratiquement insignifiant », confie un habitant de Ganthier réfugié à Fonds-Parisien.
Le gouvernement a tenu une réunion d’urgence pour « statuer sur des réponses stratégiques », mais sur le terrain, la population ne voit aucun changement. Ganthier n’a même pas été incluse dans le récent décret d’état d’urgence sécuritaire, malgré la gravité de la situation.
L’exode massif vers Fonds-Parisien a créé une situation humanitaire précaire. Parmi les déplacés se trouvent environ 700 candidats au baccalauréat, qui n’ont pas pu passer leurs examens le lundi 5 août comme prévu. Le Ministère de l’Éducation Nationale n’a pas réussi à acheminer les copies d’examen à temps, illustrant les défis logistiques causés par cette crise.
Les résidents de Fonds-Parisien, coincés entre le lac Azuei, la frontière dominicaine et les montagnes, se sentent piégés. « Je suis en pleine négociation avec un camionneur. Je n’ai pas d’autre option que de me réfugier à Thiotte où je ne connais personne », confie un sexagénaire, symbolisant le désespoir de toute une population.
La menace du gang des 400 Mawozo sur Fonds-Parisien n’est pas qu’une rumeur. « Lanmò san jou » a lui-même annoncé que la commune était sa prochaine cible, exhibant fièrement de nouvelles acquisitions d’armes et de munitions dans une vidéo datant de mi-juillet.
Alors que les autorités semblent paralysées, la population de Fonds-Parisien vit dans la peur constante d’une attaque imminente. Sans une réponse rapide et efficace des forces de l’ordre, cette commune risque de devenir le prochain territoire perdu d’Haïti, laissant des milliers de citoyens à la merci des gangs.

