Le vote anticipé bat son plein aux États-Unis avec près de 70 millions d’électeurs ayant déjà exprimé leur choix, soit par correspondance, soit en personne. Bien que ce chiffre soit inférieur à celui de 2020, marqué par la pandémie, il représente tout de même 45% des 155 millions d’électeurs qui avaient participé à la dernière présidentielle. Cette année, contrairement à 2020, le parti républicain encourage activement ses partisans à voter par anticipation, abandonnant ainsi sa rhétorique précédente sur les risques de fraude liés au vote par correspondance.
La bataille des swing states
Dans les sept États pivots, la participation au vote anticipé reste particulièrement élevée, atteignant ou dépassant même les niveaux de 2020. En Caroline du Nord, Arizona et Nevada, les républicains sont en tête, contrairement à la situation d’il y a quatre ans. En Pennsylvanie, l’avance démocrate s’est considérablement réduite par rapport à 2020. Trois États clés ne permettent pas d’identifier l’affiliation politique des électeurs : la Géorgie, où la participation bat des records, le Michigan et le Wisconsin.
Les données démographiques révèlent des tendances significatives. En Pennsylvanie, les électeurs seniors dominent le vote anticipé, avec 58% de démocrates contre 35% de républicains parmi les plus de 65 ans. Les femmes y dépassent les hommes de 10 points, un écart qui atteint même 13 points selon certaines analyses. Cette mobilisation féminine pourrait être liée à la question des droits reproductifs, devenue centrale depuis l’annulation de l’arrêt Roe v. Wade.
Les minorités se mobilisent
La communauté haïtiano-américaine montre une mobilisation particulière, notamment en Floride du Sud. Lors des événements « Souls to the Polls » organisés par les églises noires et caribéennes, l’affluence est importante. Linda Joseph, présidente du groupe « Haitians for Harris », souligne l’impact des commentaires désobligeants de Trump envers les immigrants haïtiens. « Nous avons été insultés sur une plateforme mondiale. Ces mensonges ont des effets préjudiciables sur notre communauté, mentalement et spirituellement », déclare-t-elle.
En Géorgie, plus de 700 000 nouveaux électeurs qui n’avaient pas voté en 2020 se sont déjà rendus aux urnes. En Arizona, l’apparition de 86 000 nouveaux électeurs, principalement des hommes républicains, pourrait être décisive, sachant que Biden n’avait remporté cet État qu’avec une très faible marge en 2020.
Les sondages nationaux donnent Harris en tête d’un point (48% contre 47% pour Trump), mais la situation dans les États-clés reste indécise. La candidate démocrate conserve une légère avance dans le Michigan et le Wisconsin, tandis que Trump mène d’une courte tête en Caroline du Nord (1%), en Géorgie et Arizona (2%), et au Nevada.
Un facteur inattendu pourrait bouleverser ces équilibres : le vote musulman. Un récent sondage du Conseil des relations américano-islamiques révèle que 42% des 2,5 millions d’électeurs musulmans privilégient la candidate du Parti vert, Jill Stein, contre 41% pour Harris et 10% pour Trump. Ce choix, influencé par la position américaine sur le conflit à Gaza, pourrait s’avérer décisif dans des États comme le Michigan.
Le dépouillement ne commencera que le jour du scrutin, mais devrait être plus rapide qu’en 2020. En Pennsylvanie, par exemple, les bulletins par correspondance devront être reçus avant 20h le 5 novembre, contre un délai de trois jours lors de la précédente élection. L’issue de cette élection historique reste donc totalement incertaine, malgré l’ampleur inédite du vote anticipé.

