La population de Cité Soleil se retrouve entre le marteau du G-9 de Barbecue et l’enclume du G-Pep, avec les affrontements, opposant ces deux regroupements criminels armés.
Des centaines de personnes ont été victimes lors des récentes violences dans cet immense bidonville. Certains ont été blessés, d’autres tués ou portés disparus. Des milliers de personnes ont dû fuir la zone pour se réfugier dans les communes environnantes, particulièrement Tabarre et Delmas.
Selon Jean-Gilbert Ndong, coordonnateur médical de Médecins sans frontières en Haïti, une autre vague de combats survenue en avril et mai entre des gangs liés au G9 et au G-Pèp avait aussi eu un effet dévastateur sur la population de la région de la capitale, forçant le déplacement de plus de 15 000 personnes. Des cas de « violence extrême » avaient alors été rapportés, incluant de nombreuses décapitations.
Diego Da Rin, analyste de l’International Crisis Group qui suit de près la situation en Haïti, note que près d’une centaine de gangs opèrent normalement dans la région de Port-au-Prince.
Beaucoup se sont regroupés en 2020 pour former le G9 à l’initiative d’un ex-policier, Jimmy « Barbecue » Chérizier, précipitant un mois plus tard la création du G-Pèp, a rapporté La Presse.
Le G9, note M. Da Rin, est actuellement à l’offensive et a lancé l’assaut contre ses adversaires à Cité Soleil dans le cadre d’une campagne qui vise à établir son autorité sur l’ensemble de la capitale.
Le but premier de l’opération, relève l’analyste, est de trouver une façon de diversifier les sources de revenus des gangs coalisés, qui reposent notamment sur le kidnapping et la collecte de rançons.
Leur action n’est pas nécessairement dénuée d’ambitions plus vastes, puisque Chérizier a récemment déclaré dans une vidéo que le G9 était une force « révolutionnaire » opposée à l’ensemble de la classe politique du pays.
L’ancien policier, note M. Da Rin, semble faire une exception pour le président Jovenel Moïse, tué l’année dernière par des mercenaires.
Le chef de gang a déjà déclaré qu’il vengerait sa mort et s’en est pris à l’actuel premier ministre du pays, Ariel Henry, en affirmant qu’il avait joué un rôle dans l’exécution, qui fait toujours l’objet d’une enquête.
M. Da Rin note que Chérizier a été accusé par le passé d’avoir orchestré des attaques meurtrières dans des quartiers défavorisés considérés comme des bastions de résistance au gouvernement de Jovenel Moïse.
Historiquement, des membres de l’élite politique et économique haïtienne ont souvent entretenu des liens avec des gangs pour consolider leur pouvoir, mais les criminels ont gagné en autonomie au cours des dernières années, selon l’analyste d’ICG.
Les gangs peuvent étouffer les mouvements d’opposition sur le territoire qu’ils contrôlent et influer sur les scrutins en échange de financement ou de protection juridique.
« C’est un secret de Polichinelle que l’élite économique et politique en Haïti soutient des gangs » et qu’elle s’est livrée à plusieurs reprises à des « guerres par [procuration] », relève Lou Pingeot, chercheuse de l’École supérieure d’affaires publiques et internationales de l’Université d’Ottawa qui a étudié leur développement dans le pays.
Ces liens avec la classe politique compliquent la tâche de la police nationale, qui doit aussi composer avec le fait qu’elle est largement infiltrée par les gangs.

