Sous un ciel traversé d’éclairs et une pluie battante, un avion transportant 82 migrants haïtiens expulsés des États-Unis a atterri dans la soirée du jeudi 10 septembre 2026 à l’aéroport international du Cap-Haïtien. L’appareil, qui comptait à son bord 71 hommes, neuf femmes et deux enfants, a dû effectuer plusieurs tentatives avant de se poser peu après 19 heures, en raison des mauvaises conditions météorologiques. Cette arrivée constitue une première : jusque-là, aucun groupe de rapatriés en provenance des États-Unis n’avait été accueilli en soirée dans cette ville.
Après leur descente de l’avion, les migrants ont été conduits en autobus vers les locaux de l’Office national de la migration (ONM), situés dans l’enceinte aéroportuaire. Ils y ont reçu de la nourriture, récupéré les documents remis par les autorités américaines ainsi que leurs effets personnels, notamment leurs médicaments. Une allocation de 10 000 gourdes a également été accordée à chaque personne afin de faciliter son déplacement vers sa localité d’origine. Cette assistance immédiate demeure toutefois très limitée au regard des besoins de réinstallation auxquels doivent faire face des personnes souvent revenues sans ressources ni perspectives précises.
Derrière les statistiques se dessinent des parcours profondément bouleversés. Un homme de 30 ans, originaire de Petite-Rivière-de-l’ Artibonite, affirme être retourné en Haïti après 14 années d’absence, accompagné de son épouse et de leurs deux enfants. Selon son témoignage, il aurait été arrêté par les services américains de l’immigration seulement deux jours avant son expulsion, alors qu’un rendez-vous migratoire était encore prévu. Un autre rapatrié, âgé de 50 ans, dit avoir vécu pendant 21 ans aux États-Unis avant d’être détenu durant six semaines en raison de l’expiration de ses documents de travail et de la précarisation de son statut migratoire. Pour ces hommes, l’expulsion représente non seulement la perte brutale d’une vie construite à l’étranger, mais également l’impossibilité de continuer à soutenir financièrement leurs proches en Haïti.
Dans la cour de l’ONM, un groupe de musiciens engagé pour accueillir les rapatriés jouait malgré la pluie, interprétant notamment « Lakay » de Tabou Combo. La chanson célébrait la joie de retrouver son pays, mais ses paroles résonnaient avec une profonde ambiguïté devant des migrants ramenés en Haïti contre leur volonté. Cette scène rappelle que le rapatriement ne s’achève pas à la sortie de l’aéroport : il impose aux autorités haïtiennes de mettre en place un véritable dispositif d’accompagnement psychosocial, économique et administratif. Sans une politique sérieuse de réintégration, ces personnes risquent de se retrouver livrées à elles-mêmes dans un pays qu’elles avaient parfois quitté depuis plusieurs décennies.
Guyno DUVERNE

