Née le 9 octobre 1934 à Port-au-Prince, Mona Rouzier grandit dans une famille profondément marquée par l’histoire politique d’Haïti. Son père, Gontrand Rouzier, né à Paris le 4 mars 1908, occupa le poste de sous-secrétaire d’État sous le gouvernement Lescot. La chute de ce gouvernement en janvier 1946 eut des conséquences dramatiques pour la famille : Gontrand Rouzier fut incarcéré, ses biens mis sous séquestre, et il ne fut libéré qu’en mars 1947 pour raisons de santé. Ces événements traumatisants façonnèrent l’adolescence de la future écrivaine, qui perdit son père le 29 juin 1971 à Port-au-Prince.
Malgré ces épreuves, Mona reçut une éducation solide chez les Sœurs de Saint-Joseph de Cluny pour le primaire, puis au Pensionnat Sainte-Rose de Lima. De ses parents, elle hérita non seulement un sens aigu de l’observation sociale, mais aussi un humour qui deviendra sa signature artistique. Dès l’âge de dix ans, la jeune Mona développa son talent d’observatrice, se cachant lors des réceptions familiales pour étudier les comportements et les tics des invités.
Une carrière multiforme
Sa « vraie carrière », comme elle le disait elle-même, débuta par une lettre au prestigieux rédacteur en chef du Nouvelliste, Léon Laleau. Cette correspondance, où la jeune femme de 23 ans défendait sa génération, marqua le début d’une aventure littéraire extraordinaire. Après un recueil de poésie en alexandrins, elle obtint une bourse du Conseil des Arts du Canada en 1959 pour étudier la littérature contemporaine à l’Université Catholique d’Ottawa.
De retour en Haïti, mariée à l’ingénieur Joseph Guérin, elle jongle entre l’enseignement à l’école « Au Galop » (1965-1980) et sa passion pour l’écriture. En 1966, sa première pièce « L’Oiseau de ces dames » triomphe au théâtre Rex, inaugurant une décennie prolifique qui verra naître cinq autres pièces. Si « La Pieuvre » (1971) resta sa création préférée, c’est « La Pension Vacher » (1976) qui connut le plus grand succès public.
Le phénomène radiophonique
Mais c’est à la radio que Mona Guérin connut sa plus grande renommée. Son feuilleton « Roye ! Les Voilà ! » devint un véritable phénomène culturel de 1982 à 1994, captivant les auditeurs avec les aventures des familles Mérien et Jambe. Ce succès fut une véritable aventure familiale : ses filles, ses nièces et même son petit-fils participèrent à la production. Christina, l’une de ses filles, incarnait jusqu’à neuf personnages différents. L’arrêt inattendu de la série à son 950ème épisode fut d’ailleurs dû au départ précipité de Christina, dont l’enfant était malade.
Mona Guérin expliquait souvent que l’écriture, bien que ne rapportant pas d’argent, lui procurait d’immenses joies à travers l’accueil chaleureux du public. Elle était particulièrement touchée par la façon dont les auditeurs s’appropriaient ses personnages, les intégrant à leur réalité quotidienne.
Un héritage culturel majeur
Son talent protéiforme s’exprima également dans la presse écrite, à travers ses chroniques « Le coin de Cécile » et « Mi-figue mi-raisin » dans Le Nouvelliste. Ses contributions lui valurent de nombreuses distinctions, dont le Prix Littéraire des Caraïbes en 1999 et un doctorat honoris causa de l’Université Royale d’Haïti en 2002.
Malgré les épreuves, notamment la destruction de sa maison lors du séisme de 2010, Mona Guérin continua à créer jusqu’à ses derniers jours. Son ultime feuilleton, « Pierre qui roule… », lancé en 2004, témoigne de sa créativité inépuisable. À sa mort le 30 décembre 2011, elle laissa dans ses tiroirs un scénario de film, preuve que son imagination ne connaissait pas de limites.
Aujourd’hui, alors que nous célébrons ce qui aurait été son 90ème anniversaire, l’héritage de Mona Guérin reste plus vivant que jamais. Son œuvre, mêlant avec brio l’humour et la critique sociale, continue d’inspirer les nouvelles générations d’artistes haïtiens. Plus qu’une simple auteure, elle fut une chroniqueuse de son temps, donnant voix aux espoirs, aux rires et aux drames de tout un peuple.


2 commentaires
Mwen renmen travay nap fè a
Cedieu jamesley