Un scandale éclabousse la Police Nationale dominicaine. Suite à une enquête lancée en octobre dernier à la demande du Ministère de l’Intérieur et de la Police, une opération d’envergure, baptisée « Opération Pandora », a permis de démanteler un réseau criminel au sein de la police. Dix policiers, dont un colonel, et une civile ont été arrêtés, accusés de vol et de vente illégale de munitions.
Le cerveau présumé du réseau est le colonel Narciso Antonio Féliz Romero, responsable de la Direction d’Intendance des Armes et Munitions de la Police Nationale. L’enquête a révélé que plus de 900 000 projectiles auraient été détournés sous son autorité. Une grande partie de ces munitions était acheminée vers Haïti, principalement destinée à alimenter les gangs qui terrorisent la population. Le reste était vendu illégalement en République Dominicaine, y compris à des membres de la police. Les munitions étaient écoulées « dans les quartiers du pays et en Haïti ».
Parmi les autres personnes impliquées figurent le capitaine Nelson Valdez, responsable du dépôt d’armes de la police, et le capitaine Víctor Manuel Santos, accusé d’avoir falsifié des audits pour masquer la disparition des munitions. Le lieutenant Marino Antonio Rodríguez Toribio, armurier de la Direction Régionale, ainsi que le major Miguel Ángel Gómez Espaillat font également partie des accusés. Miguelina Bello Segura, la seule civile impliquée, jouait un « rôle clé dans la partie opérationnelle de l’organisation criminelle ».
Trafic bien juteux
L’affaire du trafic de munitions en République Dominicaine révèle une économie souterraine florissante et met en lumière des failles importantes dans le système de contrôle des armes. La vente des 900 000 projectiles volés, estimée entre 200 et 250 pesos l’unité (entre 3.30 et 4.15 dollars américains), aurait généré un profit colossal d’environ 2,5 milliards de pesos dominicains (près de 41 millions de dollars américains). Ce montant exorbitant soulève de sérieuses questions quant à la destination de ces fonds et aux potentiels bénéficiaires, qui pourraient s’étendre bien au-delà du colonel arrêt. L’interdiction de l’importation libre de munitions a créé un contexte propice à ce marché noir lucratif, entraînant une multiplication des prix par quatre, voire plus.
Cette situation a rendu les munitions locales particulièrement attractives pour les réseaux illégaux et a poussé les armureries, privées d’importations légales, à se tourner vers le marché noir pour s’approvisionner. Le rapport du ministère public suggère que certaines armureries auraient profité de ces ventes illégales, renforçant les soupçons sur l’étendue du réseau et l’implication de complices au sein de la hiérarchie militaire ou policière. L’affaire met en évidence l’inefficacité des réformes censées garantir la transparence et limiter la corruption au sein des forces de l’ordre. Elle appelle à un renforcement des contrôles sur les armureries et les importations, ainsi qu’à une meilleure surveillance des stocks d’armes et de munitions dans les institutions publiques
Un fléau régional
Ce scandale met en lumière les graves failles qui existent au sein de la police dominicaine en matière de contrôle des armes et des munitions. Malgré les efforts de réforme entrepris par le gouvernement du président Luis Abinader, la corruption semble encore gangréner l’institution.
L’opération Pandora a impliqué plus de 200 agents des forces de l’ordre et 40 procureurs. Des perquisitions ont été menées dans plusieurs provinces, dont le Grand Saint-Domingue, Santiago, Sánchez Ramírez et Pedernales. Des armes, des munitions, des preuves numériques et des centaines de transactions financières suspectes ont été saisies. Le Ministère Public a déclaré disposer d’un « ensemble robuste de preuves » contre les accusés.
Cette affaire a de lourdes implications pour Haïti. La confirmation que des munitions volées en République Dominicaine ont été vendues aux gangs haïtiens renforce les soupçons sur le rôle de l’étranger dans la crise sécuritaire qui frappe le pays. Les gangs, surarmés, sèment la terreur et la violence, contribuant à la déstabilisation du pays. L’affaire suscite de vives réactions au sein de la population haïtienne. Beaucoup dénoncent l’incapacité des autorités dominicaines à contrôler leurs armes et la complicité de certains policiers qui contribuent à alimenter la violence en Haïti.

