L’ambassadeur d’Haïti aux Nations-Unies, Antonio Rodrigue, a lancé un appel vibrant à l’aide, dépeignant un tableau sombre de son pays ravagé par la violence des gangs armés. « Ils commettent des abus terrifiants, des meurtres, des enlèvements, des viols et des incendies de maisons », a-t-il témoigné, soulignant la peur et le désespoir qui paralysent la population. Il a plaidé pour une intervention robuste de l’ONU, affirmant que la MMAS, malgré ses efforts, est incapable de juguler la crise en raison de son manque de ressources et de moyens. « Sans sécurité, il n’y aura pas de progrès économique, social ou politique », a-t-il averti, soulignant l’urgence de la situation.
Son appel a trouvé un écho puissant auprès de plusieurs pays de la région, notamment le Canada, la République dominicaine, le Brésil, le Mexique, la Jamaïque, Grenade (au nom de la CARICOM) et le Panama. Ils ont tous exprimé leur profonde préoccupation face à la détérioration de la situation en Haïti et aux risques d’embrasement régional. La Jamaïque a notamment alerté sur l’impact de la crise sur la sécurité de la région des Caraïbes, pointant du doigt la croissance de la criminalité transnationale organisée et le trafic d’armes.
Un soutien international mitigé
Les États-Unis et l’Équateur, co-leaders sur le dossier Haïti au Conseil de sécurité, se sont dits prêts à engager le processus de transformation de la MMAS en une opération de maintien de la paix de l’ONU. Cependant, la Russie et la Chine ont exprimé de sérieuses réserves quant à cette proposition. Ils estiment qu’un déploiement de Casques bleus dans le contexte actuel exposerait les troupes à des risques inacceptables et serait inefficace en l’absence d’un accord de paix. Ils ont plutôt appelé à un renforcement de la MMAS actuelle, en insistant sur la nécessité de respecter les engagements financiers et logistiques pris envers cette mission.
La MMAS, autorisée par le Conseil de sécurité en octobre 2023 suite à une demande d’assistance formulée par les autorités haïtiennes, est loin d’avoir atteint sa pleine capacité opérationnelle. Sur les 2 500 policiers prévus, seuls 416 ont été déployés à ce jour, principalement du Kenya. Le manque de financement, d’équipement et d’expertise spécialisée entrave le déploiement de la mission et limite son impact sur le terrain. Miroslav Jenča, Sous-Secrétaire général aux affaires politiques et à la consolidation de la paix, a averti que sans une augmentation substantielle des contributions volontaires, la MMAS risque de ne jamais être pleinement opérationnelle et de échouer à soutenir la Police Nationale d’Haïti dans sa lutte contre les gangs armés. Le Plan de réponse humanitaire pour Haïti, d’un montant de 674 millions de dollars, n’est financé qu’à 43%.
Le Dr Jean « Bill » Pape, un éminent expert haïtien en maladies infectieuses, a témoigné de l’impact dévastateur de la crise sur le système de santé. Plus des deux tiers des employés de son organisation ont été contraints de fuir leur domicile, face à la violence et l’insécurité. Dans un plaidoyer poignant, il a déclaré : « C’est une tâche difficile pour tout Haïtien de demander des troupes étrangères sur notre propre sol, mais si rien n’est fait, l’alternative sera un génocide massif qui a déjà commencé, quelque chose que vous seuls avez le pouvoir d’empêcher. »

