L’escalade dramatique de la violence La situation sécuritaire en Haïti atteint un niveau critique, avec des gangs armés qui contrôlent désormais plusieurs zones stratégiques de Port-au-Prince. Depuis mars 2024, ces groupes criminels ont non seulement maintenu leur emprise, mais l’ont considérablement renforcée. Les chiffres sont édifiants : plus de 40 000 personnes déplacées le mois dernier, s’ajoutant aux 700 000 ayant fui leur domicile ces trois dernières années.
Un exemple emblématique de l’impuissance des forces de sécurité est l’opération de Solino. En août dernier, les autorités ont décidé de se concentrer sur cette zone stratégique, après avoir abandonné un plan initial de déploiement à Ganthier, attaqué par le gang 400 Mawozo. Le choix de Solino s’est fait plus par désespoir que par stratégie.
Malgré la présence de policiers ayant résisté deux ans aux gangs, l’opération a tourné au désastre. Après quatre semaines d’intenses échanges de tirs, les forces de sécurité n’ont jamais contrôlé plus de 50% de ce quartier assiégé. Une analyse sécuritaire révèle qu’il faudrait 200 policiers spécialisés pour combattre les gangs sur place et 300 pour maintenir le contrôle.
Un dispositif international sous tension
La Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), menée par le Kenya, peine à endiguer cette violence galopante. Initialement prévue avec 2 500 effectifs, elle ne compte actuellement que 400 policiers, principalement kenyans. Ce déploiement sous-optimal offre aux gangs des opportunités stratégiques qu’ils exploitent avec une coordination et une brutalité croissantes.
La proposition américaine de transformer la mission en opération de maintien de la paix onusienne cristallise les désaccords internationaux. Les États-Unis, soutenus par l’Équateur et les autorités haïtiennes, plaident pour une internationalisation du dispositif.
La Russie et la Chine, détentrices d’un droit de veto, rejettent catégoriquement cette option. Pour Moscou, l’ONU n’a pas vocation à combattre le crime urbain ou à reconstruire un État déliquescent.
La Russie a été particulièrement explicite dans sa critique de la gestion internationale de la crise haïtienne. Dans une déclaration officielle publiée ce vendredi, Moscou a souligné que « les événements tragiques actuels démontrent qu’indépendamment de notre décision sur le format de la présence internationale, les Haïtiens ont besoin d’une assistance urgente, immédiate« .
Le représentant adjoint russe Dmitry Polyanskiy a dénoncé les « revirements » américains, soulignant que les Casques bleus doivent « maintenir la paix, pas combattre le crime en zones urbaines« . Selon le diplomate, il serait « irresponsable de parler d’adaptation ou de transformation de la Mission sans identifier ses défis et les moyens de les résoudre« .
Le diplomate russe a souligné la nécessité d’une discussion franche entre les membres du Conseil de sécurité. Il a insisté sur le fait que cette approche serait « juste envers les Haïtiens, de plus en plus désespérés du soutien international, et envers les Kenyans qui ont décidé d’aider généreusement cette nation afro-caribéenne« .
Perspective kenyane
Le Kenya, principal contributeur, maintient une position prudente. Sa conseillère nationale à la sécurité, Monica Juma, soutient l’idée d’une transformation, mais met en garde contre tout vide sécuritaire qui profiterait aux gangs. Elle souligne que les gangs exploitent déjà le « déploiement sous-optimal » de la mission pour « intensifier leurs activités criminelles« .
Un appel à l’aide international La Russie appelle à un soutien logistique et financier immédiat. « Il est crucial de fournir une assistance avant qu’il ne reste personne pour accueillir les futurs peacekeepers« , a déclaré son représentant à l’ONU.

