L’article signé par le Comité éditorial du journal souligne la gravité de la situation en Haïti, qualifiée « d’État en déliquescence ». Le Conseil national de transition, censé assurer une certaine autorité gouvernementale, est miné par des luttes internes, conduisant au remplacement d’un Premier ministre respecté par un homme d’affaires après seulement six mois. La Mission multinationale de soutien à la sécurité (MSS), financée par les États-Unis et dirigée par la police kenyane, s’avère inefficace. « Seulement un quart de la force a été déployée, et ces officiers manquent de salaires et d’armes adéquates ». La police haïtienne, que la MSS est censée former, reste « dépassée en nombre et en armes ».
L’emprise des gangs
Les gangs armés, responsables de la situation critique du pays, continuent de régner en maîtres et « ont récemment gagné en audace ». Ils consolident leur territoire et terrorisent la population, sans être inquiétés par la faible présence de la force kenyane. Des tirs à proximité de l’aéroport principal du pays ont endommagé des avions et entraîné sa fermeture, l’Administration fédérale de l’aviation américaine interdisant l’aéroport aux transporteurs américains. Ce chaos « pourrait entraver l’arrivée de l’aide indispensable à la population civile ainsi que l’arrivée de forces de sécurité supplémentaires ».
L’administration Biden avait opté pour une approche de non-intervention directe, préférant financer la MSS à hauteur de 300 millions de dollars. L’objectif était de transférer la responsabilité de la mission à l’ONU, mais le blocage de la Russie et de la Chine oblige les États-Unis à assumer le financement jusqu’en octobre 2025. Ces fonds pourraient s’épuiser dès l’année prochaine, à moins que le Congrès, désormais contrôlé par les Républicains, ne vote de nouveaux crédits. Dès le départ, la mission semblait vouée à l’échec, avec un effectif maximal prévu de 2 500 policiers, soit environ « un dixième du nombre estimé de membres de gangs ».
Intervention ou expulsion ?
Face à cette situation, Donald Trump se retrouve face à un choix crucial. D’un côté, il pourrait suivre sa ligne directrice et tenter de déporter une grande partie des 850 000 immigrants haïtiens présents aux États-Unis, tout en empêchant l’arrivée de nouveaux migrants fuyant le chaos. Cette option, difficile à mettre en œuvre, romprait avec la tradition américaine d’accueil des personnes fuyant la violence. D’un autre côté, il pourrait choisir de s’attaquer à la racine du problème, à savoir les gangs criminels, en finançant la force de sécurité et en la renforçant avec du matériel militaire américain, voire des troupes.
L’article du Washington Post soulève la question de la « responsabilité de protéger », selon laquelle la communauté internationale devrait intervenir pour sauver les populations civiles dans les États en déliquescence. Cependant, une intervention américaine directe en Haïti semble peu probable sous l’administration Trump, compte tenu de ses propos désobligeants envers les Haïtiens et de son aversion pour les interventions à l’étranger.
L’article cite le sénateur républicain Marco Rubio, pressenti pour devenir secrétaire d’État, qui comprend les enjeux de la situation en Haïti. Originaire de Floride, État qui compte l’une des plus importantes communautés d’immigrants haïtiens du pays, Rubio a été actif au sein de la sous-commission du Sénat sur l’hémisphère occidental. Et l’article de conclure avec cette question: l’administration Trump choisira-t-elle de s’engager pour aider Haïti à restaurer la sécurité et à retrouver une voie démocratique ?

