Par Kesnel BELJEAN, le 27 Mai 2025
Les politiques discriminatoires menées à l’encontre des Haïtiens en République Dominicaine rappellent, d’une manière troublante, les mécanismes de persécution des Juifs sous le régime nazi. À une différence près : aujourd’hui, le monde se tait. Une inaction qui résonne comme une complicité.
Le traitement réservé aux Haïtiennes et Haïtiens vivant en République Dominicaine constitue un drame silencieux. Marginalisés, dépouillés de leurs droits, expulsés arbitrairement, stigmatisés dans l’espace public comme dans la loi, ils sont devenus les boucs émissaires d’un système qui semble reproduire les vieux schémas de haine raciale et d’exclusion ethnique.
Le parallèle peut paraître radical, mais il est nécessaire : ce que vivent les Haïtiens aujourd’hui en territoire dominicain rappelle, à certains égards, le sort réservé aux Juifs dans l’Allemagne nazie. Les contextes diffèrent, certes. Mais les mécanismes – stigmatisation, déshumanisation, exclusion systématique – sont étonnamment similaires.
Une histoire que l’on pensait derrière nous :
Dans l’Allemagne des années 1930 et 1940, les Juifs ont été progressivement exclus de la vie publique, privés de leurs droits civiques, désignés comme « ennemis de l’intérieur ». Cette logique, nourrie par la propagande, s’est transformée en une politique deterreur et d’extermination à grande échelle : l’Holocauste. Cette tragédie a bouleversé la conscience humaine. Le monde a juré que cela ne se reproduirait plus. Et pourtant, en ce XXIe siècle supposé éclairé, l’histoire semble faire écho.
Depuis la loi 168-13 votée en République Dominicaine en 2013, des dizaines de milliers de personnes – pour la plupart nées sur le sol dominicain de parents haïtiens – ont été déchues de leur nationalité. Du jour au lendemain, elles sont devenues apatrides. Exclues du système éducatif, de l’emploi formel, et de toute protection sociale. Ce n’est pas une simple crise migratoire. C’est un système structuré d’exclusion.
Une hostilité légalisée
Dans les discours politiques, les Haïtiens sont désignés comme une menace. Menace démographique, menace économique, menace culturelle. Cette rhétorique, savamment entretenue par certaines élites, alimente les politiques de déportations massives, les rafles, les brutalités policières. De nombreux témoignages font état d’expulsions arbitraires, y compris de personnes nées et ayant toujours vécu en République Dominicaine.
Ce climat de peur est institutionnalisé. Et ce qui est encore plus choquant, c’est le silence assourdissant de la communauté internationale.
Une indignation sélective
L’Histoire nous a montré que face à l’injustice, le silence est un choix. Un choix lourd de conséquences. Durant la Seconde Guerre mondiale, malgré les débuts timides, une mobilisation internationale a fini par condamner le régime nazi et ses crimes. Aujourd’hui, cette vigilance semble avoir disparu. Face à la situation des Haïtiens en République Dominicaine, peu de voix s’élèvent. Pas de sanctions internationales. Peu de résolutions. Pas de grande campagne médiatique.
Pourquoi ce deux poids, deux mesures ? Pourquoi tant d’énergie pour certaines causes, et tant d’indifférence pour celle-ci ? Est-ce la couleur de peau ? L’origine ? Le statut économique ? Le racisme structurel se nourrit aussi de ces hiérarchies d’indignation.
Le devoir de nommer, le devoir d’agir
Comparer un État contemporain à l’Allemagne nazie n’est pas une provocation gratuite. C’est une alarme. La déshumanisation d’un groupe en raison de son origine est un crime contre l’humanité, peu importe le lieu ou l’époque. Et si nous fermons les yeux aujourd’hui, que dirons-nous demain ? Que nous ne savions pas ? Que ce n’était pas si grave ?
L’histoire juge l’inaction. Et elle le fait sans indulgence.
Pour un réveil moral et politique
Il est urgent que la société civile, les États, les organisations régionales et internationales se mobilisent. Il est temps de dire non à l’apatridie. Non à la haine institutionnalisée. Non à la discrimination raciale. Il faut des sanctions diplomatiques, des pressions économiques, un appui réel aux défenseurs des droits humains dominicains et haïtiens. Il faut, surtout, une solidarité humaine forte, visible, durable.
Car chaque génération est mise à l’épreuve par sa capacité à reconnaître l’injustice. Et aujourd’hui, le monde est en train de faillir.
Mr. KESNEL BELJEAN
Doctorant en Science PO, Option : Relations Internationales
Master in Soustainable Development Management & Environmental Studies
Master in Political Sciences, Option: Relations Internationales
Licence en Gestion des Affaires, Option: Administration
Formation en Logistique et Mobilité Durable
Formation en droit international de l’environnement
Formation en droit international privé et public
Formation en sécurité et Défense Internationale
Formation en changements climatiques
Tél. (509) 44973412
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