L’anthropologue, chercheur et chanteur haïtien Jean Coulanges est décédé le 5 janvier 2026, à l’âge de 84 ans. Figure respectée des milieux universitaires et culturels, il a consacré sa vie à l’étude, à la transmission et à la sauvegarde des pratiques culturelles populaires haïtiennes, notamment le rara, les traditions musicales et les expressions rituelles.
Anthropologue engagé, Jean Coulanges s’est distingué par un important travail de documentation des chants traditionnels, qu’il considérait menacés par l’oubli et par l’uniformisation culturelle. Sa démarche, à la fois rigoureuse et profondément humaine, reposait sur une immersion attentive auprès des communautés porteuses de ces savoirs, sans jamais dissocier la recherche académique de l’expérience vécue.
Dans sa jeunesse, il a pris part aux mouvements clandestins anti-duvaliéristes. En 1969, il s’installe au Canada, où il poursuit ses études et exerce comme enseignant pendant près de dix ans. Cette période contribue à forger sa réflexion critique sur les dynamiques culturelles, sociales et politiques.
De retour en Haïti dans les années 1980, Jean Coulanges s’investit pleinement dans l’enseignement supérieur, la recherche en anthropologie et la défense des cultures populaires, qu’il considérait comme des patrimoines vivants, indissociables de l’avenir du pays.
Parallèlement à son parcours universitaire, il cultive une relation intime avec la musique. Longtemps, il chante dans des cercles privés, impressionnant par sa voix, son interprétation et sa connaissance profonde des répertoires traditionnels. Encouragé par ses proches, il publie en 2013 l’album Anonse, composé de chants inspirés du vodou et des traditions musicales haïtiennes. Ce disque, réalisé notamment avec son frère Amos Coulanges, Thurgo Théodat et Patrick Audant, demeure une œuvre marquante et précieuse.
Il participe également au projet musical Kouidor, aux côtés de Syto Cavé et Félix Étienne, un travail singulier explorant des territoires sonores et poétiques peu exposés, qualifiés de « chansons refoulées » et de « zones interdites ».
Jean Coulanges a par ailleurs exercé d’importantes responsabilités institutionnelles, notamment comme secrétaire permanent de la Commission nationale haïtienne de coopération avec l’UNESCO, où il a œuvré à la valorisation du patrimoine culturel et au dialogue entre milieux académiques, culturels et institutions internationales. Il fut aussi membre fondateur de l’Institut haïtien pour le développement économique et social (IHDES).
Discret mais essentiel, Jean Coulanges laisse l’image d’un intellectuel exigeant, d’un artiste habité par la mémoire collective et d’un passeur de savoirs, dont le travail continuera d’éclairer les générations futures.

