La violence des gangs continue d’aggraver la situation sécuritaire. Selon les derniers rapports, plus de 700 000 personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays, soit une hausse de 22 % en seulement trois mois. Les dernières exactions de la colation « Viv Ansanm », est responsable à lui seul de plus de 5 000 déplacements de civils au cours des cinq derniers jours, notamment à Solino.
Les témoignages de résidents décrivent une véritable situation de terreur. « Nous vivons dans l’angoisse, chaque jour est une lutte pour survivre », déclare un habitant . La population se retrouve contrainte à fuir ses maisons sous la menace de fusillades, enlèvements et pillages perpétrés par des bandes armées. Cette montée de la violence a provoqué une crise humanitaire avec des milliers de personnes qui se retrouvent sans abri ni soutien.
Face à cette escalade, l’État haïtien est critiqué pour son inaction. Malgré la gravité de la situation, le gouvernement n’a pas encore déployé de mesures suffisantes pour protéger les populations civiles ou restaurer l’ordre. Cette incapacité à contenir la violence a poussé le président du Conseil présidentiel de transition, Lesly Voltaire, à adresser une lettre officielle au secrétaire général de l’ONU, António Guterres, demandant une transformation de la mission multinationale dirigée par le Kenya en une mission de maintien de la paix des Nations Unies.
Les divisions au sein de l’exécutif haïtien ajoutent un obstacle supplémentaire à la gestion de la crise. Maria Isabel Salvador, chef de la mission de l’ONU en Haïti, s’est déclarée préoccupée par les divergences politiques croissantes entre les membres de l’exécutif, qui retardent la mise en place de mesures concrètes pour stabiliser le pays.
Enjeux diplomatiques
L’initiative de Lesly Voltaire, visant à faire revenir les Casques bleus en Haïti, intervient 7 ans après le départ de la Minustha, mais la recrudescence des violences des gangs remet en cause cette décision. Dans son rapport, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a souligné l’incapacité des forces de sécurité haïtiennes à gérer la situation, notamment en raison du sous-financement de la mission actuelle dirigée par le Kenya.
Les États-Unis ont exprimé leur soutien à la transformation de cette mission en une opération officielle de maintien de la paix, mais la proposition rencontre des réticences au sein du Conseil de sécurité de l’ONU. La Russie et la Chine, notamment, émettent des réserves sur le déploiement d’une telle mission, évoquant les interventions antérieures de l’ONU en Haïti, qui n’ont pas toujours produit les résultats escomptés.
Malgré ces obstacles diplomatiques, Haïti continue d’appeler à une intervention internationale. L’objectif est de renforcer les capacités des forces de l’ordre locales et de garantir la protection des civils, de plus en plus exposés à la violence des gangs. Les autorités haïtiennes espèrent également que cette intervention pourrait faciliter une transition politique, alors que les tensions au sein du gouvernement continuent de paralyser la mise en place d’une réponse effective à la crise sécuritaire.
Expulsions massives
Parallèlement à cette crise sécuritaire, Haïti fait face à un autre drame humanitaire. La République dominicaine intensifie les expulsions massives de migrants haïtiens présents sur son territoire. Au cours des trois dernières semaines, plus de 28 000 Haïtiens ont été expulsés, selon les chiffres communiqués par les autorités dominicaines.
Cette politique migratoire est vivement dénoncée, notamment par les organisations de défense des droits des migrants. « C’est une véritable catastrophe humanitaire », déclare le père Germain Clervaud, directeur national du Service jésuite aux migrants, sur les antennes de RFI. « Les conditions dans lesquelles ces expulsions se font sont inhumaines. Des femmes, des enfants et des hommes sont traités comme des marchandises, sans respect pour leur dignité. »
Les témoignages recueillis auprès des Haitiens expulsés font état de traitements brutaux et de conditions de transport indignes. « Ils nous entassent comme des sardines », raconte un migrant rapatrié de force. Certains enfants sont arrivés en Haïti sans leurs parents, après avoir été arrêtés dans la rue alors qu’ils se rendaient à l’école.
Le protocole d’accord signé entre Haïti et la République dominicaine, qui prévoit une coordination entre les deux pays pour la gestion des déportations, n’a pas été respecté. Le gouvernement haïtien n’a souvent pas été informé à l’avance des vagues d’expulsions, ce qui complique davantage l’accueil des migrants. « Des familles sont séparées, des biens laissés derrière, c’est un drame social », alerte Clervaud.
Le gouvernement dominicain, pour sa part, justifie ces expulsions en invoquant une régulation migratoire stricte et le non-respect des lois par les migrants. Malgré les appels à l’arrêt de ces expulsions, le gouvernement dominicain a annoncé vouloir continuer au rythme de 10 000 expulsions par semaine, accentuant la pression sur Haïti, déjà confronté à ses propres difficultés internes.

