La situation actuelle d’Haïti semble atteindre un point de non-retour. La violence des gangs qui gangrène la capitale et d’autres régions du pays a mis à mal la stabilité du territoire, et les perspectives d’avenir semblent de plus en plus incertaines. Dans ce contexte, le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) a vu l’arrivée de Fritz Alphonse Jean, un économiste et ancien gouverneur de la Banque centrale d’Haïti, pour prendre la présidence tournante du conseil.
Ce changement, certes stratégique, intervient à un moment crucial pour Haïti. Le pays se trouve sous le joug d’une violence gangstériste insoutenable, avec des estimations de l’ONU révélant que 85 % de Port-au-Prince est désormais contrôlé par ces groupes armés. L’incapacité du gouvernement précédent à inverser cette tendance, conjuguée à la pression croissante des acteurs internationaux, laisse peu de place à l’erreur pour le nouveau président du conseil de transition.
En prenant la parole lors de sa prise de fonction, Fritz Alphonse Jean a clairement posé les enjeux qui se dressent devant lui. Il a désigné la situation comme une « guerre » et a fait appel à l’unité nationale pour affronter cette crise multidimensionnelle. Unité qui semble aujourd’hui plus que jamais indispensable, car le pays est plus que jamais divisé entre ses citoyens et dévasté par l’insécurité.
Les tâches qui incombent à M. Jean sont titanesques. Non seulement il doit restaurer la sécurité, mais il a également la responsabilité de remettre sur pied un processus électoral qui semble suspendu dans les limbes. En février 2026, les Haïtiens devront se rendre aux urnes, mais avec des conditions de sécurité aussi dégradées, l’organisation d’élections libres et transparentes paraît aujourd’hui un pari risqué.
La pression internationale est palpable, avec des propositions de soutien de la part des Nations Unies. Cependant, les avancées réelles sur le terrain restent lentes et insuffisantes. Malgré l’envoi de troupes kenyannes, la violence des gangs ne faiblit pas et les pertes humaines continuent de se multiplier. Au mois de décembre 2024, plus de 5600 vies ont été perdues, un chiffre tragique qui résume à lui seul l’ampleur de la dégradation.
Fritz Alphonse Jean incarne ainsi la dernière carte du CPT pour redresser la situation. Mais le défi est immense. Si l’échec se profile, le Conseil présidentiel pourrait rapidement se retrouver isolé et perdre toute légitimité, effaçant ainsi une dernière tentative de restauration de l’ordre et de la stabilité.
Les Haïtiens attendent de M. Jean non seulement des paroles mais aussi des actes. Sa capacité à fédérer et à prendre des décisions difficiles sera mise à l’épreuve dans les jours à venir. Le temps joue contre lui, et tout faux pas pourrait condamner le pays à une plus grande déstabilisation. Une chose est sûre : Haïti est à un tournant décisif de son histoire.

