Malgré les tensions diplomatiques provoquées par les accusations du CPT et les sanctions contre Fritz Alphonse Jean, le chargé d’affaires a tenté de repositionner le message de Washington : appuyer la transition, soutenir le processus électoral et renforcer la sécurité, tout en rejetant vigoureusement l’idée d’une ingérence directe dans les décisions internes du Conseil présidentiel.
Lors de son intervention cette semaine à l’émission Pause-Café, le chargé d’affaires américain en Haïti, Henry T. Wooster, a réfuté avec fermeté les accusations d’ingérence diplomatique portées récemment par Fritz Alphonse Jean, membre du Conseil Présidentiel de Transition (CPT). Ce dernier affirmait que M. Wooster, tout comme l’ambassadeur du Canada à Port-au-Prince, André François Giroux, aurait exercé des pressions sur certains conseillers afin d’empêcher le limogeage du premier ministre. Quelques jours plus tard, le département d’État américain a inscrit M. Jean sur sa liste de sanctions, une décision interprétée par plusieurs observateurs comme la mise à exécution d’un avertissement déjà public.
Interrogé sur ce dossier sensible, Wooster a rappelé que les diplomates ont pour mission de rencontrer “un éventail d’acteurs” dans le pays hôte — gouvernement, opposition, société civile et médias — afin de comprendre la situation politique et sécuritaire. « Il s’agit d’un dialogue à double sens. Parfois nous sommes d’accord, parfois nous sommes en désaccord », a-t-il expliqué, tout en insistant sur le fait que ces échanges ne constituent pas une ingérence mais plutôt une pratique diplomatique normale.
Au-delà de cette clarification, le chargé d’affaires a également souligné plusieurs axes centraux de la politique américaine en Haïti. Il a salué l’adoption du décret électoral par le Conseil présidentiel de transition, une étape qu’il juge déterminante pour la tenue des élections prévues en 2026. Wooster a encouragé la population à participer au débat démocratique malgré les frustrations accumulées depuis près d’une décennie sans élections nationales.
La sécurité reste toutefois, selon lui, la condition indispensable au retour à la stabilité politique. Il a réaffirmé que la stabilisation du pays constitue « la priorité absolue » de Washington en matière de politique étrangère envers Haïti. Wooster a annoncé des actions accélérées pour rendre opérationnelle la Force de répression des gangs (GSF), en coordination avec le gouvernement haïtien et les partenaires internationaux.
Il a également indiqué qu’une délégation américaine rencontrera cette semaine à New York les pays volontaires pour fournir des troupes, dans le but d’augmenter rapidement les effectifs capables d’appuyer les opérations de sécurité et de garantir des élections sécurisées. L’objectif, a rappelé Wooster, est de permettre au pays de choisir librement son prochain président pour un mandat de cinq ans.

