Par l’ingénieur Luckner Bayas 25 Novembre 2025
Introduction
Les Haïtiens ont tenu plusieurs réunions pour se pencher sur les causes profondes de la crise que connait le pays et formuler leurs propres solutions pour la surmonter. Cependant, ces efforts ont été ignorés par la communauté internationale, qui s’est octroyée le droit d’imposer ses propres marionnettes comme dirigeants du pays et de parler au nom des Haïtiens. De notre point de vue, toute décision prise au nom d’Haïti par ces marionnettes depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse le 7 juillet 2021 est illégale et inconstitutionnelle, étant donné que ces usurpateurs ont été placés à la tête du pays par des organismes internationaux et ne représentent en aucune façon la volonté du peuple haïtien. Cette volonté est inscrite dans la Constitution du pays, qui a été approuvée à une écrasante majorité par 90 % de la population le 29 mars 1987. Toute feuille de route qui se voudrait légitime doit nécessairement être conforme aux dispositions de la Constitution du pays.
En matière de sécurité
La Constitution haïtienne reconnaît l’existence de deux forces armées sur son territoire : les FADH et la PNH et interdit le déploiement de toute force étrangère Ces deux forces ont pour mandat de mener toutes les actions visant à assurer la sécurité de la nation. Toute force d’assistance étrangère, quelle que soit son origine, son appartenance ethnique, sa coloration, etc., doit se soumettre au commandement et à l’autorité de ces deux entités. Mais avant même d’envisager une aide extérieure, nous devrions considérer en premier lieu les ressources offertes par les Haïtiens vivant à l’étranger (la diaspora). Haïti dispose d’un arsenal de ressources en matière de sécurité au sein de sa diaspora, qui souhaite depuis longtemps contribuer à l’élimination du fléau que constituent les gangs. Il existe également des ressources au sein même du pays. L’expérience et l’échec du MMAS l’ont démontré. Alors que les Kenyans touchent des salaires exorbitants et sont tenus à l’écart de tout danger réel, ce sont les forces mal payées de la PNH et de la FADH qui ont combattu les gangs et se sont distinguées, par exemple, lors de la reprise de l’aéroport de Port-au-Prince l’annee derniere. Mais leurs efforts sont limités par les limitations en termes d’armement et de munitions dû à l’embargo de l’ONU sur Haïti, tandis que les gangs peuvent les obtenir régulièrement des États-Unis et de la République dominicaine. Plusieurs experts haïtiens ont présenté des plans pour lutter contre l’insécurité dans le pays, mais leurs contributions n’ont pas retenu l’attention des autorités, qui sont soumises aux diktats de la communauté internationale. Pourtant, ces efforts combinés constituent le véritable plan endogène haïtien pour éradiquer les gangs tout en préservant la souveraineté nationale.
Sur le plan politique
Les Haïtiens intègres susmentionnés se sont réunis à plusieurs reprises et sont parvenus à une entente commune pour le rétablissement de la succession du pouvoir exécutif telle que prévue par la Constitution du pays, malgré l’interruption provoquée par l’ingérence insultante de la communauté internationale et ses échecs successifs et répétés avec Ariel Henry et le CPT. Cette position est renforcée par le rejet catégorique du référendum annoncé par le CPT par le peuple haïtien pour modifier la Constitution du pays à la demande de la communauté internationale. De plus, affirment-ils, la voie tracée par la Constitution de 1987 a porté ses fruits à deux reprises dans le passé (en 1990 et en 2006), et reflète la tradition du pays. Pourquoi la communauté internationale s’ingère-t-elle dans les affaires du pays et insiste-t-elle pour passer outre la Constitution au profit d’accords claniques? Nous n’en savons rien ! Cependant, ce mépris de la loi mère du pays par les étrangers ne s’applique qu’en Haïti, un pays de Noirs régulièrement soumis au racisme des puissances occidentales en représailles à sa contribution à l’abolition de l’esclavage.
En fait, il n’y a pas de crise politique en Haïti. Il s’agit plutôt d’une lutte de pouvoir entre, d’une part, les grandes puissances au passé esclavagiste qui veulent régner sur Haïti en maîtres, comme elles en avaient discuté lors d’une réunion clandestine au Canada en 2003 à l’insu d’Haïti, et, d’autre part, les Haïtiens qui affichent une résistance farouche à cette mainmise exogène, nos compatriotes attachés à l’autodétermination léguée par leurs ancêtres en 1804 dans l’Acte d’indépendance et dûment inscrite dans la Constitution du pays. La simple application des dispositions de la Constitution par les protagonistes haïtiens, sans ingérence étrangère, suffit à résoudre la soi-disant crise politique. Par conséquent, toute feuille de route nationale et indigène doit tenir compte de nos priorités en s’attaquant aux causes profondes de nos problèmes, notamment l’impossibilité, dans un contexte d’ingérence, de connaître l’auto gouvernance élaborée par des patriotes conscients de leur devoir envers la nation. (Boni bonae bonum).
Sur le plan humanitaire.
Haïti est en détresse. De nombreux Haïtiens se sont concentrés sur la reconstruction de leur pays. Outre la pauvreté profondément enracinée dans le pays depuis l’occupation américaine (1915), il existe désormais une insécurité planifiée sous la forme d’une criminalité « noirs contre noirs » dans un pays déjà mis à genoux, mais qui était il y a 50 ans considéré comme le plus sûr des Caraïbes. Des gangs à la solde de maîtres invisibles ont complètement réduit la capitale en cendres. Dont l’une des conséquences criardes est l’aggravation de misère de notre peuple. Les tentatives d’aide sociale d’urgence sont les bienvenues. Il s’agit d’initiatives conjoncturelles qui répondent à l’urgence du moment dans un esprit d’empathie. Mais elles ne s’inscrivent dans aucun plan structuré, axé sur le long terme. Un plan humanitaire pour Haïti doit nécessairement répondre aux besoins fondamentaux de l’existence humaine, à savoir : l’accès à l’eau potable, à la nourriture, au logement, aux soins de santé, au travail, à l’éducation, aux transports, aux communications, etc. Le plan humanitaire que nous préconisons pour Haïti est axé sur une prosperité partagée avec les masses (les pauvres) à travers le pays. Ce plan vise à donner aux municipalités et aux sections communales les outils nécessaires pour fonctionner comme des entités étatiques autonomes, décentralisées, responsables du bien-être de leur localité. L’aspiration des investisseurs de la diaspora vis-à-vis de leur pays d’origine et une saine concurrence entre les différentes localités sont au cœur du plan. Focus on Haïti (publié en 2010) préconise depuis longtemps la mise en place de systèmes d’infrastructures dures et souples dans toutes les localités (571 sections communales) du pays. C’est ce dont Haïti a besoin pour se relever. Et cela peut être fait en peu de temps, en commençant par cartographier toutes les sections communales du pays. Un apport massif de fonds distribués de manière systématique dans ces régions sous la supervision d’experts haïtiens en économie, en production agricole, en voirie, en assainissement, etc. suffirait à sortir Haïti de la crise en moins de cinq ans. Il est important de rappeler que ces régions sont autonomes en vertu de la Constitution haïtienne. Cependant, le gouvernement central retient de manière malhonnête tous les fonds du pays et permet qu’ils soient dilapidés dans un contexte de corruption endémique, empêchant ainsi ces régions de prospérer. Cela doit changer obligatoiremeent.
Sur le plan judiciaire
La réforme de la sécurité va de pair avec la réforme judiciaire. Mais soyons clairs. Que vaut la réforme judiciaire si les grandes puissances et les organisations internationales ont le droit de violer la Constitution du pays? Les exemples de violations sont nombreux. Par exemple, la crise actuelle découle de la décision de l’OEA, de l’ONU et des États-Unis d’aller à l’encontre de la décision rendue par la haute cour haïtienne déclarant le 7 février 2021 en tant que date officielle de la fin du mandat de Jovenel Moïse. Ce soutien a permis au président, qui avait déjà éliminé le pouvoir législatif, de rester au pouvoir de manière dictatoriale pendant cinq mois et d’affaiblir grièvement les institutions judiciaires du pays jusqu’à son assassinat. Cela a créé le vide politique et institutionnel actuel. Citons par exemple le cas du Dr Suzan Paige, représentante de l’ONU pour la MINIJUST en Haiti, qui a exhorté le pouvoir judiciaire haïtien à poursuivre les hauts fonctionnaires cités dans le rapport Petro Caribe. L’ONU l’a simplement remplacée par Helen Lalime, une officière de l’AFRICOM, qui a rapidement classé l’affaire. Nous nous souvenons également du cas des sept mercenaires blancs lourdement armés qui ont été arrêtés par la police nationale non loin de la Banque nationale en février 2019. L’intervention musclée de l’ambassadeur américain de l’époque a permis leur libération sans qu’ils aient à répondre des abus ou des crimes commis contre les Haïtiens pendant les manifestations. Plus récemment, il y a eu le cas des trois « présumés braqueurs » du CPT dans un scandale à la Banque nationale de crédit. Le système judiciaire haïtien était impuissant à sévir, redoutant la réaction de la communauté internationale qui avait placé les malfrats à la tête du pays. Nous pouvons donc réformer, réformer et réformer encore le système judiciaire haïtien, comme cela a été le cas après chaque intervention étrangère (1994, 2004 et 2010). Mais tant qu’il restera captif de la communauté internationale, c’est la loi de l’homme blanc qui prévaudra sur sa constitution. Notre proposition vise à empêcher la communauté internationale de contrôler les forces de l’ordre (FADH et PNH) et les tribunaux.
En termes de légitimité électorale.
La communauté internationale s’est forgé une très mauvaise réputation en Haïti en s’impliquant dans des élections truquées afin d’installer le candidat de leur choix à la présidence du pays. Le cas le plus frappant est celui du chanteur misogyne, Michel Martelly, qui a été déclaré vainqueur à l’élection présidentielle de 2010 par l’OEA en menaçant d’expulser du pays le président de l’époque, René Préval, et sa famille s’il ne se pliait pas à leur volonté. C’est ce même individu, Michel Martelly, qui est aujourd’hui sanctionné par la communauté internationale pour corruption et le financement des gangs qui ont déstabilisé Haïti. La colère du peuple haïtien découle du fait que ces soi-disant « élections libres et équitables » ne sont rien d’autre que des sélections qui ont déjà été décidées faites pour le pays. Cette pratique a commencé avec les élections de 2006, quelques années après la réunion du CANADA visant à « suspendre l’indépendance d’Haïti ». Ainsi, pour retrouver la légitimité électorale, il faut mener une réflexion nationale sur le véritable rôle des organisations internationales dans les élections du pays. Les tenir à distance, ne s’avère-t-il pas obligatoire ? Mais avant tout, Haïti doit financer ses propres élections s’il veut se libérer de l’emprise des Blancs et respecter les préceptes de ses ancêtres. Notre feuille de route préconise donc que les élections soient financées strictement par des fonds du trésor haïtien.
En termes de soutien des pays étrangers
La situation catastrophique du pays oblige Haïti à solliciter l’aide des pays étrangers. Mais le peuple haïtien a le droit de rejeter toute nation suspecte qui vient à son secours, étant donné que certains peuples, détracteurs de longue date de la République et de la race noire, qui se prétendent aujourd’hui amis d’Haïti, sont plus susceptibles d’aggraver la situation que de l’améliorer. Cependant, Haïti est issu d’une famille très nombreuse et noble qui pourrait l’aider à sortir du « trou de merde » dans lequel ses détracteurs l’ont enfoncé. Nous avons initialement identifié sept (7) nations sœurs avec lesquelles nous sommes liés par le sang et la culture qui pourraient être incluses dans la feuille de route. Il s’agit du Bénin, du Burkina Faso, du Sénégal, du Mali, du Niger, du Ghana et de l’Afrique du Sud. L’établissement de relations directes par le biais d’échanges économiques, agricoles, universitaires, culturels, technologiques et sécuritaires avec ces pays frères permettrait à Haïti de sortir de son isolement sur le continent américain, où il est souvent méprisé. Une proposition visant à établir une liaison directe entre Haïti et l’Afrique (au moins un vol par jour et un bateau par semaine) est à considérer.
En termes de diplomatie mondiale et d’adhésion à des organisations régionales/mondiales
Haïti doit réévaluer son appartenance à la CARICOM, qui s’est révélée être une institution de déloyauté, de traîtrise et de servilité vis-à-vis des grandes puissances. Il n’y a rien de commun entre les valeurs que nous a inculquées la révolution haïtienne et les prérogatives de cette organisation. Haïti devrait plutôt se relier de manière plus renforcée à l’Afrique noire par son adhésion à l’Union africaine. Ce faisant, Haïti deviendrait une extension de l’Afrique dans les Amériques, et chaque Africain noir aurait le droit de revendiquer la nationalité haïtienne.
Haïti devrait redéfinir son implication au niveau de l’ONU, l’OEA et de la CARICOM dans le cadre des réformes profondes de ces organisations, où il est appelé à jouer un rôle de premier plan compatible avec ses contributions historiques à l’avancement de l’humanité. Haïti devrait demander la révision de toutes les résolutions annuelles des Nations unies à ce jour qui affectent sa souveraineté, y compris le droit de se défendre.
Haïti devrait redéfinir ses relations avec les États-Unis d’Amérique par le biais d’une commission bilatérale visant à explorer et à comprendre l’histoire du différend sous-jacent entre les deux pays, qui a un impact si important sur les grandes politiques internationales à l’égard d’Haïti.
Conclusion
Le problème d’Haïti réside dans l’ingérence des grandes puissances, en particulier des États-Unis d’Amérique, dans ses affaires internes. Ce problème remonte à deux siècles, mais s’est aggravé depuis l’occupation américaine de 1915 et leur retour en 1994. Cette occupation se poursuit aujourd’hui sous le couvert des organisations internationales telles que l’ONU, l’OEA, la CARICOM, etc. A quand la fin de cette galère? La feuille de route pour la paix, la stabilité et la prosperité commence par la libération d’Haïti; pays emprisonné et maltraité pendant 110 ans.

