Des millions de personnes atteintes de maladies tropicales négligées subissent des formes persistantes de stigmatisation, de discrimination sociale et de détresse psychologique, souvent ignorées par les systèmes de santé. À l’occasion de la Journée mondiale consacrée à ces maladies, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) appelle à une prise en charge plus globale, intégrant systématiquement la santé mentale aux stratégies de lutte et d’élimination.
Selon l’OMS, plus d’un milliard de personnes vivent avec une maladie tropicale négligée dans le monde, un nombre comparable à celui des personnes souffrant de troubles mentaux. Les patients touchés par des maladies entraînant des lésions visibles ou des incapacités physiques — telles que la lèpre, la leishmaniose cutanée, la filariose lymphatique, le mycétome ou le noma — sont particulièrement exposés à l’exclusion sociale.
Les idées reçues sur la contagion et la dangerosité de ces maladies renforcent la marginalisation des personnes concernées. Plusieurs études montrent que les patients atteints de formes chroniques présentent des taux plus élevés de dépression, d’anxiété et de comportements suicidaires que la population générale, sans pour autant bénéficier d’un accompagnement psychologique adéquat.
Pour répondre à cette situation, l’OMS a publié son premier guide mondial consacré à l’intégration des soins de santé mentale et à la lutte contre la stigmatisation dans les programmes dédiés aux maladies tropicales négligées. L’organisation insiste sur le fait que l’élimination de ces maladies ne peut être dissociée de la restauration de la dignité et de l’inclusion sociale des personnes touchées.
Les progrès enregistrés au cours de la dernière décennie restent toutefois significatifs. Le nombre de personnes nécessitant une intervention a atteint un niveau historiquement bas, et 58 pays ont déjà éliminé au moins une de ces maladies. L’objectif fixé à 100 pays d’ici 2030 demeure atteignable, selon l’OMS.
Ces avancées restent néanmoins fragiles. Le financement international consacré à la lutte contre les maladies tropicales négligées a chuté de plus de 40 % entre 2018 et 2023, mettant en péril les efforts en cours. À défaut d’investissements soutenus, ces maladies continueront d’entraîner des pertes économiques majeures pour les communautés affectées, estimées à plusieurs dizaines de milliards de dollars par an

