Dans un contexte de crise sécuritaire et humanitaire sans précédent, Haïti joue une carte cruciale sur la scène internationale. Le nouveau Premier ministre Garry Conille, à peine un mois après sa prise de fonction, s’est lancé dans une série de rencontres diplomatiques de haut niveau à Washington. L’objectif : consolider le soutien à la mission internationale de sécurité et ouvrir la voie à une stabilisation du pays.
Enjeux cruciaux
Conille est accompagné d’une délégation de poids, comprenant Kethleen Florestal, ministre de l’Économie, des Finances, de la Planification et de la Coopération externe, Dominique Dupuy, ministre des Affaires étrangères, Nesmy Manigat, son directeur de cabinet, Ronald Gabriel, gouverneur de la Banque de la République d’Haïti (BRH), et Alfred Fils Metellus, conseiller auprès du directeur exécutif de la Banque Interaméricaine de Développement (BID).
La délégation haïtienne a un programme intense: réunions avec la BID, dont une séance de travail avec l’équipe du président Ilan Goldfajn, ainsi qu’avec le Groupe de la Banque mondiale. Puis le deuxième jour, entretiens avec de hauts responsables américains, notamment les secrétaires d’État adjoints Brian Nichols et Todd Robinson, l’administrateur adjoint de l’USAID, le secrétaire général de l’OEA Luis Almagro, la directrice générale du FMI Kristalina Georgieva, des parlementaires américains et le secrétaire d’État Antony Blinken.
Ces rencontres font suite à des échanges préalables avec la diaspora haïtienne en Floride et la députée Frederica Wilson, abordant des sujets cruciaux tels que le statut de protection temporaire (TPS), l’organisation d’élections et le rétablissement de la sécurité en Haïti.
L’arrivée des premiers policiers kenyans à Port-au-Prince marque le début concret de la mission de sécurité multinationale (MSS) tant attendue. Environ 400 agents kenyans sont déjà sur place, formant l’avant-garde d’une force qui devrait atteindre 2 500 hommes. Cette mission, approuvée par l’ONU mais non gérée par elle, vise à épauler la police haïtienne dans sa lutte contre les gangs qui paralysent le pays.
Le Premier ministre Conille a déclaré : « Selon ce qu’on m’a dit, il y aura bientôt d’autres contingents. Je ne veux pas donner de calendrier. Mais ce que je peux dire, c’est que nous ne perdrons pas de temps pour être opérationnels avec le contingent dont nous disposons maintenant. »
La mission, dont le coût annuel est estimé à 600 millions de dollars, bénéficie d’un large soutien international. Huit pays, dont le Kenya, le Bangladesh et la Jamaïque, ont officiellement notifié leur intention d’y participer. Les États-Unis, principal bailleur de fonds, se sont engagés à hauteur de 300 millions de dollars, bien que la libération d’une partie de ces fonds soit encore en attente au Congrès.
Relance économique et transition politique
Au-delà des questions de sécurité, les discussions portent sur des enjeux économiques et politiques cruciaux. Les échanges avec la Banque mondiale se concentrent sur les défis de la transition, la révision du portefeuille des projets en cours et la préparation d’une évaluation rapide de l’impact de la crise, dans le but de mobiliser des ressources supplémentaires adaptées à la situation actuelle d’Haïti.
La question des élections, absentes du paysage politique depuis 2016, est également au cœur des préoccupations. Conille s’est dit confiant quant à la formation d’un conseil électoral provisoire « dans les prochains jours ».
Alors que les forces de police kenyanes commencent à patrouiller dans les rues de Port-au-Prince, l’espoir renaît parmi la population.
Cependant, les défis restent colossaux. Plus d’un demi-million de personnes ont fui leurs foyers en raison de la violence, et environ la moitié de la population souffre de la faim. De plus, certains leaders de gangs, comme Jimmy « Barbecue » Cherizier, ont déjà menacé de s’opposer violemment à la présence des forces internationales.
Dans ce contexte, la mission diplomatique de Garry Conille et les premiers pas de la force internationale représentent un moment charnière pour Haïti.

