Dans un pays où 80% de la zone métropolitaine est sous l’emprise des gangs et où la moitié de la population souffre d’insécurité alimentaire, Garry Conille a obtenu le soutien ferme de l’administration américaine pour ses projets de restauration de l’ordre et de relance économique.
Reprendre le contrôle
Le déploiement d’une Mission internationale de soutien à la police nationale haïtienne est au cœur de la stratégie sécuritaire. Un premier contingent de plus de 200 policiers kényans est déjà sur place, et M. Conille promet une augmentation significative des effectifs dans les semaines à venir. L’objectif est d’atteindre 2 500 hommes pour appuyer les forces de l’ordre locales.
« L’État reprendra le contrôle de tout le territoire national », affirme le Premier ministre dans une entrevue exclusive à RFI. Il précise : « La mission de cette force, c’est évidemment d’accompagner la police nationale qui n’a jamais cessé de faire des opérations. Donc la reprise de ces territoires qui sont aujourd’hui occupés par les gangs, cela sera toujours la police et l’armée d’Haïti. »
M. Conille refuse tout dialogue avec les gangs tant que ceux-ci n’auront pas déposé les armes. « Il faut d’abord déposer les armes et reconnaître l’autorité de l’État avant tout dialogue. C’est cela la première démarche et ensuite on verra », déclare-t-il fermement.
Soutien sans faille
Lors de sa rencontre avec le secrétaire d’État américain Antony Blinken, M. Conille a obtenu l’assurance d’un soutien renforcé des États-Unis. Washington s’est engagé à aider au rétablissement de la sécurité et à renforcer les capacités de la mission multinationale.
Le conseiller adjoint à la sécurité nationale, Jon Finer, a également réaffirmé « le soutien indéfectible des États-Unis au peuple haïtien », s’engageant à une coopération étroite pour la sécurité, la croissance économique et la gouvernance démocratique.
Elections en 2025 ?
Malgré les défis colossaux auxquels fait face Haïti, M. Conille se montre déterminé à organiser des élections d’ici 2025. « Nous sommes déterminés à le faire. Je pense que ceci est absolument indispensable. Il faut que nous puissions avoir le plus rapidement possible un gouvernement élu pas plus tard que le 7 février 2026 », affirme-t-il à RFI.
Pour y parvenir, il mise sur la restauration de la confiance de la population envers les institutions et sur la transparence de l’action gouvernementale. « Nous avons pu mobiliser des hommes et des femmes qui sont connus pour leur intégrité, pour leur capacité de travailler, pour leur professionnalisme et pour leurs compétences », souligne le Premier ministre.
« Il n’y a pas de fatalité haïtienne », déclare M. Conille, qui appelle à un accompagnement international plus durable pour résoudre les problèmes structurels du pays. Il ajoute : « Ce que je crois fondamentalement pour avoir fait ce travail un peu partout à travers le monde, c’est qu’en premier lieu, il n’y a pas de fatalité haïtienne. La seconde chose, c’est que malheureusement jusqu’à présent, la population haïtienne n’a pas encore eu un gouvernement qui reflète sa générosité, sa résilience et sa capacité de travail. »
Avec un consensus politique rare et un soutien international renouvelé, Haïti pourrait enfin entrevoir une sortie de crise après des années de chaos. Le Premier ministre conclut sur une note d’espoir : « Je suis assez confiant : avec cet accompagnement, nous allons réussir. »

