Devant le Conseil de Sécurité des Nations-Unies, ce mercredi, Dr Garry Conille, Premier Ministre d’Haïti, a dit s’exprimer « avec un sentiment profond de lourdes responsabilités et un espoir renouvelé dans l’engagement d’Haïti à être acteur de son propre devenir ».
Assurant que son pays est prêt à « tourner une page décisive de son histoire », il a souligné l’importance d’une coopération efficace entre les autorités nationales de la transition, la MMAS et le BINUH pour rétablir la sécurité et restaurer les institutions démocratiques.
Haïti appelle à cette solidarité pour sortir de la crise qui le ronge depuis plusieurs décennies et réussir aussi sa transition dont la durée et la mission se veulent « très limitées », a-t-il déclaré, avant de remercier les partenaires techniques et financiers pour leur accompagnement. Ce qu’il nous faut aujourd’hui, c’est une aide massive au développement, assortie d’investissements majeurs dans des secteurs clefs de l’économie, a précisé le nouveau Chef du Gouvernement haïtien, reconnaissant toutefois qu’à ce tournant décisif, tout chantier économique ou politique implique de solutionner la question sécuritaire.
C’est pourquoi, a-t-il affirmé, le Gouvernement haïtien salue la mise en œuvre des engagements pris à travers la résolution 2699 (2023) relative à la MMAS. Le déploiement du premier contingent de policiers aux côtés des forces de l’ordre haïtiennes devra contribuer à mettre un frein au barbarisme des groupes criminels, a souligné M. Conille. Il a ajouté qu’en appui de cet effort, son gouvernement adoptera une approche sécuritaire holistique et de proximité, avec la Police nationale d’Haïti (PNH) comme élément central, l’objectif étant le redressement économique et l’accessibilité des services sociaux de base.
Avertissant que les forces de l’ordre haïtiennes et la MMAS ne pourront à elles seules garantir cette « paix définitive » à laquelle aspire le pays, le Premier Ministre a déclaré préparer un « plan global, intégré et réaliste » pour accompagner la population.
Sur cette base, il a jugé opportun de « revisiter » l’accompagnement accordé à Haïti afin de « faire de l’accompagné un acteur apte à appréhender les défis et à décider de son destin ».
M. Conille a cependant reconnu que les difficultés auxquelles est confronté Haïti sont énormes, avec un taux d’inflation supérieur à 27%, près de 50% d’emplois perdus rien que dans le secteur du textile, une insécurité alimentaire qui affecte 4,5 millions de personnes, 600 000 déplacés internes, 500 000 enfants déscolarisés et une violence qui paralysent le fonctionnement de dizaines d’hôpitaux et de centres de santé.
De plus, des dizaines de commissariats et de prisons ont été endommagés ou détruits, et des milliers de prisonniers sont en cavale.
Face à ces problèmes urgents, le nouveau Gouvernement s’est mis au travail en s’appuyant sur la feuille de route issue de l’accord du 3 avril dernier. Tout accompagnement international devra prendre en compte la vision de cette transition « pour que plus jamais Haïti ne replonge dans le chaos », a-t-il souhaité, non sans regretter qu’à ce jour, le Plan de réponse humanitaire de 2024 pour le pays ne soit financé qu’à moins de 30%.
À cet égard, M. Conille a déploré l’insuffisance des diverses formes d’assistance internationale accordées à Haïti au fil des années. Soucieux de rassurer les partenaires de son pays, il a indiqué que son gouvernement, composé à 30% de femmes, s’engage à organiser des élections transparentes et participatives en vue du renouvellement du personnel politique et d’un suivi efficace des dynamiques enclenchées.
Ces élections, a-t-il précisé, seront précédées de réformes constitutionnelles, d’une révision du cadre légal sur le fonctionnement et le financement des structures politiques, d’un appui à la bonne gouvernance et d’un renforcement des mécanismes de lutte contre la corruption et l’impunité. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons transformer efficacement les fonds et les ressources en résultats tangibles et durables pour le peuple haïtien, a expliqué le Premier Ministre.
À ses yeux, il importe néanmoins de reconnaître que la responsabilité de cette situation « complexe et souvent tragique » est partagée « en raison de l’implication historique et continue de la communauté internationale dans nos affaires nationales ».
Après avoir rappelé les « expériences contrastées » des interventions étrangères dans son pays, M. Conille a estimé que l’arrivée du premier contingent de la MMAS marque le début d’une ère nouvelle pour Haïti. Cette mission, conduite avec le soutien du Kenya, est un témoignage vibrant de solidarité internationale et un pas concret vers la stabilisation de notre pays, a-t-il salué, promettant de reprendre le contrôle du territoire haïtien « maison par maison, quartier par quartier, ville par ville », grâce à des forces armées et une PNH « mieux équipées et plus motivées que jamais ».
Cette stratégie, basée sur une coordination de toutes les parties prenantes, tant nationales qu’internationales, est en cours d’élaboration avec le Conseil présidentiel de transition, a-t-il indiqué, invitant la communauté internationale à soutenir ces efforts pour transformer Haïti en un « exemple de résilience et de renaissance ».

