Autrefois, il y a plus de quarante ans, la propreté aux Gonaïves était toujours au rendez-vous. Dans les quartiers, les gens se souciaient de la propreté de la ville, et le service de la voirie ainsi que celui de la santé publique faisaient leur travail. La ville gardait son statut de ville urbanisée, régie par des normes et des principes.
L’autorité de l’État se manifestait. Les bourriques des marchands qui venaient vendre leurs produits agricoles devaient stationner à Kay Soleil ou à Descahos, aux deux entrées principales de la ville. Des agents du service d’hygiène de la santé publique s’assuraient régulièrement que les latrines soient nettoyées et désinfectées. Les cochons, les cabris, et les volailles étaient strictement interdits de circuler librement dans la ville, au risque d’être capturés par des agents spécialisés de la mairie.
La zone du marché communal des Gonaïves, avec les quatre rues qui en faisaient le contour, était accessible aux voitures, aux bicyclettes, et aux piétons. Le dimanche après-midi, sur la rue Jean-Jacques Dessalines, les jeunes pouvaient jouer au football, signe que l’espace était non seulement propre, mais que la circulation y était aussi fluide.
Aujourd’hui, tout a changé dans la ville des Gonaïves, dans la direction du désordre et de l’insalubrité. Les marchands ne se contentent plus de l’intérieur du marché communal des Gonaïves ou de la galerie de quelques magasins de la rue Fabre Geffrard. Ils envahissent de façon arbitraire et désordonnée les artères des rues Jean-Jacques Dessalines, Liberté, et Vernet, qui entourent le marché communal.
Comme les marchands sont beaucoup plus nombreux que les acheteurs, toute la rue Toussaint Louverture, la rue Vernet, et toute la zone du bord de mer deviennent un marché de rue où piétons et motocyclettes se disputent quotidiennement.
Les autorités ou les responsables locaux semblent voyager actuellement dans des engins spatiaux en direction de la planète Mars, laissant les gonaïviens et gonaïvïennes dans la résignation et l’adaptation à un environnement dégradant et malsain.
Gonaïves, autrefois ville accueillante pour les visiteurs, est aujourd’hui méconnaissable, laide, sale, et misérable, surtout dans le périmètre qu’on pourrait appeler le vieux Gonaïves.
Reynald Orival
citoyen haïtien engagé et Caribéen.
citoyen haïtien engagé et Caribéen.

