Le Conseil présidentiel de transition exige le remaniement du gouvernement Conille avec le remplacement d’au moins quatre ministres clés : ceux des Finances, de la Justice, des Affaires étrangères et de l’Intérieur. Des allégations font état d’un contrat signé entre le Premier ministre et Studebaker Defense Group, une entreprise multinationale de sécurité qui avait déjà tenté de conclure un accord avec le gouvernement de l’ancien Premier ministre Ariel Henry l’année précédente. Cette même société serait aujourd’hui l’employeur des 50 mercenaires dont la présence est signalée sur le territoire haïtien.
Selon un article du Center for Economic and Policy Research (CEPR), fin septembre, sans en informer le CPT, Garry Conille aurait discrètement conclu un accord avec Studebaker Defense Group, qui emploie d’anciens responsables du Pentagone et de la CIA.
« Le Conseil n’a pas été informé et l’a en fait confronté à ce sujet », confie une source proche du CPT. « Même maintenant, nous n’avons pas vu le contrat. Nous ne connaissons donc pas les objectifs de la mission, le nombre de personnel, s’ils sont armés ou non. Zéro information. »
Une présence controversée sur le terrain
Bien que Studebaker Defense Group affirme agir « purement dans un rôle consultatif » et rendre compte « directement au Directeur Général de la PNH », plusieurs sources contredisent cette version. Selon elles, les contractuels auraient participé directement à des opérations policières, soulevant des questions sur les règles d’engagement et la responsabilité en cas d’abus.
Le 15 octobre, lors d’une opération présentée comme la « première incursion majeure en territoire contrôlé par les gangs » depuis le déploiement de la mission MSS en juin, les mercenaires auraient été directement impliqués. L’opération visait Vitelhomme Innocent, chef du gang Kraze Barye, pour lequel le FBI offre une récompense de 2 millions de dollars. L’opération s’est soldée par un échec, avec l’abandon et la destruction d’un véhicule blindé de la MSS.
Des liens troublants et des questions sans réponses
L’entreprise avait déjà tenté de s’implanter en Haïti. En mars 2023, le général américain à la retraite Wesley Clark, membre du conseil d’administration de Studebaker, avait rencontré l’ancien Premier ministre Ariel Henry à Port-au-Prince. Plus inquiétant encore, selon des sources proches du dossier, l’ambassade américaine en Haïti n’aurait initialement pas été informée du contrat, alors qu’une telle activité nécessite généralement l’approbation du Département d’État américain.
Une transaction de 20 millions
Selon plusieurs sources, un groupe d’hommes d’affaires haïtiens aurait déboursé environ 20 millions de dollars américains pour recruter ces agents armés de Studebaker Defense Group. Leur mission principale : sécuriser les investissements portuaires du pays, alors que les activités criminelles menacent gravement le commerce maritime. Les compagnies maritimes internationales auraient même menacé de boycotter les ports haïtiens, tant publics que privés, en l’absence de garanties sécuritaires suffisantes.
Des réunions secrètes auraient eu lieu le vendredi 25 octobre au restaurant « Papaye », en présence du Premier ministre Garry Conille, de la ministre Dominique Dupuy et de certains mercenaires présumés. Une seconde rencontre se serait tenue le lendemain lors d’un dîner chez la chancelière haïtienne, probablement pour finaliser l’accord.
Face à cette situation, le CPT avait convoqué le Premier ministre pour ce mercredi 30 octobre à 2 heures PM à la Villa d’Accueil. Dans une lettre datée du 29 octobre, signée par la secrétaire générale par intérim de la Présidence, Marie E. Régine Joseph Haddad, le CPT exige des explications sur la présence de cette compagnie privée intervenant dans les questions de sécurité publique. L’institution réclame également l’accès à toutes les correspondances et au protocole d’accord relatifs à cette affaire. Cependant, le Premier ministre a décliné cette convocation immédiate, sollicitant un report à la semaine prochaine.
Le spectre des mercenaires colombiens plane toujours
Cette nouvelle affaire intervient dans un contexte particulièrement sensible, rappelant l’assassinat du président Jovenel Moïse le 7 juillet 2021. Le chef de l’État avait été tué dans sa résidence privée par un commando de plus de 20 personnes, principalement des mercenaires colombiens. Quinze d’entre eux avaient été arrêtés et sont toujours détenus à la prison civile de Port-au-Prince. Un précédent qui explique la prudence initiale du Premier ministre Conille face à la demande de passeports diplomatiques formulée par les nouveaux mercenaires de Studebaker Defense Group, ces derniers souhaitant éviter un scandale similaire à celui de février 2019, lorsque sept mercenaires (cinq Américains et deux Serbes) avaient été arrêtés dans la capitale.
Cette crise survient deux semaines après l’annonce par le Premier ministre du rappel immédiat de plusieurs centaines de policiers et militaires attachés à la sécurité des VIP, devant être redéployés dans la lutte contre les gangs. Dans la foulée, le ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Me Carlos Hercule, avait révélé l’existence d’un complot visant à assassiner le Premier ministre et des membres de son cabinet.

