La violence des gangs, toujours plus lourdement armés, a atteint un niveau insupportable, contraignant plus de 20 000 personnes à abandonner leurs maisons et leurs biens, souvent dans la précipitation la plus totale. Une intensification de la violence des gangs, notamment dans les quartiers de Solino, Nazon et Christ-Roi.
Les témoignages recueillis par la presse dépeignent un tableau apocalyptique : maisons incendiées, pillages, viols et assassinats de sang-froid sont le lot quotidien des habitants. Les familles fuient, terrorisées, emportant avec elles le strict minimum, sans savoir où aller ni quand elles pourront rentrer chez elles. L’une d’elles, dont la vidéo est devenue virale sur les réseaux sociaux, exprime sa colère et sa frustration face à l’inaction des autorités : « Je ne sais pas pour combien de temps la police va continuer à nous pousser à partir ». Cette mère de famille dénonce les pillages et les meurtres commis en plein jour par les gangs, pointant du doigt la collusion entre certains policiers et les bandits.
Un pays à l’agonie
L’impuissance de l’État face à la violence des gangs est flagrante. La police haïtienne, sous-équipée et en sous-effectif, semble dépassée par la situation. Le nouveau gouvernement, qui vient tout juste d’être nommé après le renversement du précédent sous la pression des gangs, n’inspire guère confiance à une population désabusée. Beaucoup le perçoivent comme une simple reconduction des élites politiques traditionnelles, incapables de répondre aux besoins urgents du peuple haïtien. Les jeunes, comme Jeantel Lainé, étudiant en droit, se disent choqués par l’ampleur de la crise : « Jamais je n’aurais pensé vivre une telle situation » . L’impact de cette violence sur la vie quotidienne est dévastateur : les écoles et les universités sont fermées, les hôpitaux paralysés, l’économie à l’arrêt. Les Haïtiens se sentent pris au piège, abandonnés par leurs dirigeants et par la communauté internationale. Comme le souligne une étudiante à l’Université d’État d’Haïti, « le pays est aux mains des bandits ». Face à ce chaos, des voix s’élèvent pour réclamer une intervention internationale. Antonald Mortimé, de l’organisation de défense des droits humains Défenseur Plus, dénonce la violation quotidienne des droits fondamentaux et appelle à la mise en place d’une force onusienne pour soutenir la police haïtienne. Ce cri d’alarme est relayé par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), qui qualifie la situation humanitaire d’ « apocalyptique » et appelle à une aide internationale urgente.
Exode massif
L’exode massif de ces derniers jours porte à plus de 700 000 le nombre total de déplacés internes en Haïti. Un chiffre alarmant qui témoigne de l’ampleur de la crise et de l’urgence de la situation. La moitié de ces déplacés sont des enfants, particulièrement vulnérables face à la violence, à la faim et aux maladies. L’avenir de tout un peuple est en jeu, et la communauté internationale ne peut rester silencieuse face à cette tragédie humaine.
Le pays est confronté à une double peine : la violence endémique et l’isolement international. Suite à des tirs contre des avions, les États-Unis ont interdit à leurs compagnies aériennes d’atterrir en Haïti. L’ONU a également suspendu ses vols humanitaires à destination de Port-au-Prince, les redirigeant vers le nord du pays. Cet isolement croissant ne fait qu’aggraver la situation humanitaire et complique l’acheminement de l’aide internationale.
Un rapport du Government Accountability Office (GAO), commandé par trois élus démocrates, révèle que la majorité des armes utilisées par les gangs haïtiens proviennent des États-Unis, principalement de la Floride, de la Géorgie et du Texas. Il critique le manque de volonté politique pour contrer ce trafic et souligne que la violence en Haïti pourrait diminuer en limitant l’accès des criminels à ces armes. Toutefois, des obstacles comme les barrières linguistiques, la violence des gangs et l’absence de traçabilité compliquent la lutte contre ce commerce illégal. Ce rapport corrobore les préoccupations des dirigeants caribéens sur l’impact régional de ce fléau.

