Lors de son discours au Conservative Political Action Conference (CPAC) le 22 février, au Gaylord National Resort and Convention Center dans le Maryland, le président américain Donald Trump a galvanisé ses partisans en promettant une refonte majeure du système d’immigration des États-Unis. Dans une allocution marquée par des critiques acerbes de l’administration sortante, il s’en est pris aux politiques d’immigration et d’aide étrangère, déclarant avec emphase : « Ils affluent [dans notre pays]… Si je n’avais pas été élu, il n’y aurait plus personne en Haïti », soulignant sa position inflexible sur le sujet. Cette déclaration choc précède une mesure concrète : la fin du Statut de Protection Temporaire (TPS) pour environ 520 000 Haïtiens aux États-Unis, effective au 3 août 2025, une décision qui bouleverse les communautés haïtiennes ici et à l’étranger.
Ce programme, instauré en 2010 après le séisme du 12 janvier protège contre la déportation et offre des permis de travail aux ressortissants d’Haïti, pays en crise. En juillet dernier, l’administration Biden avait prolongé ce statut jusqu’au 3 février 2026, invoquant les violences des gangs, les assassinats, les viols et les enlèvements qui sévissent encore en Haïti. Mais le 20 février, la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a annulé cette extension, fixant la fin du TPS au 3 août 2025, sauf nouveau report.
Une communauté en état d’alerte
À New York, où vivent environ 163 000 Haïtiens selon un rapport de 2023 du Migration Policy Institute, la nouvelle a semé l’effroi. Elsie Saint Louis, directrice de Haitian Americans United for Progress, a indiqué que sa communauté est « sous le choc » et que les demandes d’aide affluent sans cesse. Concentrés à Brooklyn, notamment à Flatbush et East Flatbush, ces Haïtiens redoutent l’avenir. Le ministère de la Sécurité intérieure soutient que le TPS, en place depuis 15 ans, a été « exploité » et doit redevenir temporaire, aligné sur l’agenda de Trump.
En Floride, où réside la majorité des bénéficiaires du TPS, l’impact s’annonce tout aussi grave. Près de 30 000 Haïtiens du sud-ouest de l’État travaillent dans la santé, l’hôtellerie et la construction. Beatrice Jacquet Castor, cofondatrice de la Haitian American Community Coalition, a déploré cette mesure. « Ce sont nos employés d’hôtels, nos femmes de ménage, nos ouvriers. Ils paient des impôts », a-t-elle expliqué, prédisant des perturbations économiques majeures en cas de déportation.
Un retour incertain vers Haïti
La fin du TPS expose ces Haïtiens à un retour forcé dans un pays en pleine tourmente, où la violence des gangs et la pauvreté dominent. Jacquet Castor a souligné que, pour beaucoup, l’asile n’est plus une option après tant d’années sous le TPS. « Ils luttent pour leur vie », a-t-elle affirmé, jugeant la décision inhumaine. Lors de sa campagne de 2024, Trump avait déjà suscité la controverse en affirmant sans preuve que des Haïtiens de Springfield, Ohio, mangeaient des animaux domestiques, une rhétorique qui alimente aujourd’hui les inquiétudes.
Ce n’est pas la première tentative de Trump contre le TPS. En 2017, son administration avait essayé de le supprimer, mais un juge fédéral l’avait bloqué. Désormais, face à cette nouvelle offensive, les Haïtiens se préparent à une lutte pour leur survie aux États-Unis.

