Santé en République Dominicaine : Amnesty International dénonce un « écran de fumée » gouvernemental qui stigmatise les migrant·e·s
Dans un rapport accablant publié ce mercredi, Amnesty International lève le voile sur une réalité troublante : la crise du système de santé publique en République Dominicaine ne serait pas due à un afflux de patient·e·s haïtien·ne·s, mais à des décennies de sous-investissement chronique. Un constat qui réfute la justification avancée par le gouvernement du président Luis Abinader pour instaurer un protocole migratoire discriminatoire dans les hôpitaux.
Intitulé « Une santé sans stigmatisation », le rapport de l’ONG détaille comment les autorités utilisent la population perçue comme haïtienne comme bouc émissaire pour masquer leurs propres manquements. « Ce protocole est un écran de fumée », a déclaré Ana Piquer, directrice pour les Amériques à Amnesty International, accusant le gouvernement et ses prédécesseurs de ne pas avoir suffisamment investi pour garantir le droit à la santé.
Mis en œuvre en avril 2025, ce protocole conditionne l’accès aux soins des personnes étrangères à la présentation de documents de séjour en règle. Celles qui ne peuvent les produire s’exposent, après avoir été soignées, à la détention et à l’expulsion. Une mesure présentée comme nécessaire pour « contrôler l’afflux de patients » mais que les données officielles, analysées par Amnesty, contredisent formellement.
Les chiffres qui disculpent
L’analyse statistique est sans appel : les personnes haïtiennes ne représentent qu’une fraction marginale des usagers du système public. Elles comptent pour seulement 7,9 % des consultations et 14,8 % des hospitalisations au niveau national. Même dans les provinces frontalières où leur proportion est plus élevée, le volume total de patients reste négligeable à l’échelle du pays.
Amnesty International souligne par ailleurs que la République Dominicaine figure parmi les pays de la région qui investissent le moins dans la santé publique, avec seulement 2,7 % de son PIB, soit moins de la moitié de la recommandation de l’OMS (6 %). Le nombre de lits et de personnel infirmier est également inférieur à la moyenne régionale.
Un impact dévastateur sur la santé publique
Loïn de résoudre les problèmes structurels, le protocole les aggrave. Il instaure un climat de peur qui dissuade les personnes, notamment les femmes enceintes, de se rendre à l’hôpital, augmentant ainsi les risques d’accouchements non assistés et de décès évitables. Des témoignages recueillis par l’ONG font état de refus de soins, de propos racistes et de craintes d’arrestation.
« Les hôpitaux doivent être des lieux où l’on est soigné et protégé, et non des espaces où règnent la peur et la surveillance », insiste Ana Piquer. Les chercheurs alertent aussi sur les conséquences pour la santé de l’ensemble de la population, ce protocole pouvant compromettre la lutte contre des maladies infectieuses comme le VIH ou la tuberculose en éloignant des patients vulnérables des circuits de soins.
Face à ce constat, Amnesty International exhorte le gouvernement dominicain à abroger immédiatement ce protocole, à cesser les expulsions depuis les hôpitaux et à augmenter de toute urgence les investissements dans son système de santé, seul moyen de garantir le droit à la santé pour toutes et tous, sans discrimination.

