Radioscopie — Au Bangladesh, la chute vertigineuse de Sheikh Hasina
L’image est saisissante : des foules en liesse brandissant le drapeau bangladais pour célébrer un verdict aussi historique que brutal. L’ex-première ministre Sheikh Hasina, figure politique dominante depuis près de quinze ans, a été condamnée à mort par un tribunal de Dacca. Un épilogue fracassant pour celle qui incarnait, pour ses partisans, stabilité et développement, mais pour ses opposants, une dérive autoritaire assumée.
Accusée de crimes contre l’humanité, Hasina paie aujourd’hui la répression sanglante des manifestations de 2024, baptisées « révolution de Juillet », un soulèvement mené par une jeunesse en rupture totale avec son régime. Plus de 1400 morts selon l’ONU : un chiffre suffisant pour marquer au fer rouge son héritage politique.
En exil en Inde, elle dénonce un procès « illégal », téléguidé par un gouvernement provisoire qu’elle qualifie d’« antidémocratique ». Inébranlable, elle se dit encore « fière » de son bilan, comme si la tempête politique qui secoue son pays glissait simplement sur elle.
Mais ce verdict intervient surtout dans un Bangladesh fragilisé. Les promesses de la révolution ont laissé place à une transition chaotique, faite de violences, d’attentisme et de désillusions. À quelques mois des élections de février, la Ligue Awami, pilier historique du paysage politique, est exclue du scrutin. Un bouleversement majeur dans un pays où près du tiers de l’électorat se retrouve soudain orphelin de représentation.
La route vers les prochaines élections semble désormais écrite : un duel entre le Bangladesh Nationalist Party et le Jamaat-e-Islami, même si la perspective d’un triomphe islamiste paraît encore improbable. Entre confusion politique, méfiance généralisée et incertitudes diplomatiques, le Bangladesh marche sur une ligne de crête.
La page Hasina se tourne. Mais rien n’indique encore que celle qui s’ouvrira apportera au pays la stabilité tant attendue.

