L’Académie du Créole haïtien (Akademi Kreyòl Ayisyen) a soufflé jeudi ses onze bougies dans l’élégance feutrée de l’hôtel Ritz Kinam II, mais c’est surtout l’avenir de la langue que l’on venait célébrer. Entre discours vibrants, hommages discrets et regards déterminés, l’institution a officiellement accueilli sept nouveaux académiciens et trois conseillers consultatifs, renforçant ainsi son armature intellectuelle au moment où la défense du créole relève plus que jamais de l’engagement citoyen.
Jean Rony Beaucicaut, Maude Heurtelou, Nedet François, Lhérissaint Saint Jean, Dulcio Saul, Jhonny Laforest et Nelson Martineau rejoignent désormais le cercle des académiciens. À leurs côtés, Mackendy Cevrin, Jean François Tardieu et Henri-Robert Durandisse intègrent le Conseil consultatif, consolidant l’expertise de l’AKA dans un contexte où la langue nationale doit constamment défendre son espace.
« Onze ans, ce n’est pas seulement une date sur un calendrier : c’est une décennie de batailles, d’espoirs et de conquêtes pour le créole », a lancé la présidente de l’Académie, Rosilia François Corneille, rappelant que le combat pour une pleine reconnaissance linguistique reste entier.
Au nom des récipiendaires, Nelson Martineau — universitaire et ardent défenseur des politiques linguistiques inclusives — a pris la parole. Il a évoqué le long chemin parcouru par la langue, longtemps reléguée au rang d’“idiome populaire”, avant d’être réhabilitée par les travaux de pionniers tels que Suzanne Sylvain, Yves Dejean ou Michel DeGraff. « Entrer à l’Académie, c’est accepter de poursuivre ce travail fondamental : rendre à notre langue sa pleine souveraineté », a-t-il déclaré.

