Dans une bourgade française de 2 800 âmes, un maire nommé Hittler affronte un candidat nommé Zielenski. L’Internet mondial n’en revient pas.
Dans un pays comme Haïti, où les élections se font attendre depuis plus d’une décennie, les Français ont parfois le don de rendre les leurs encore plus spectaculaires qu’elles ne devraient l’être. Preuve en est ce qui se passe en ce moment à Arcis-sur-Aube, petite commune de 2 785 habitants située dans le département de l’Aube, à environ 160 kilomètres au sud-est de Paris.
Noms explosifs
Dimanche 22 mars 2026, les habitants d’Arcis-sur-Aube sont appelés à voter pour le second tour de leurs élections municipales — ces scrutins locaux par lesquels les Français choisissent leurs maires et conseillers municipaux, équivalents approximatifs des membres de nos cartels communaux. Le premier tour s’est tenu le 15 mars. Jusque-là, rien d’extraordinaire. Sauf que parmi les candidats en lice figure un certain Charles Hittler, 75 ans, maire sortant et ancien responsable de laboratoire, dont le nom de famille renvoie inévitablement à celui du dictateur nazi Adolf Hitler, responsable de la mort de dizaines de millions de personnes lors de la Seconde Guerre mondiale. Face à lui, entre autres, Antoine Renault-Zielenski, 28 ans, dont le patronyme évoque celui de Volodymyr Zelensky, président ukrainien devenu symbole mondial de résistance depuis l’invasion russe de 2022.
Les résultats du premier tour ont achevé de mettre le feu aux poudres sur les réseaux sociaux : Charles Hittler a obtenu 37,81 % des voix, Annie Soucat 32,20 %, et Antoine Renault-Zielenski 29,99 %. Des internautes du monde entier ont aussitôt commenté, non sans ironie : « 37 % des habitants d’Arcis sont des Hittlériens ! » La blague a traversé les frontières à la vitesse d’un clic.
Hommes derrière les noms
Charles Hittler, lui, ne rit qu’à moitié. « Toute ma vie j’ai eu des plaisanteries sur mon nom. Parfois on dessinait des moustaches sur mes affiches. Ça n’avait jamais été un gros problème. Mais là c’est hors de contrôle. Ma femme est en larmes », a-t-il confié à la BBC. Son nom est d’origine alsacienne : son père, berger de la région frontalière avec l’Allemagne, avait été emmené en Allemagne comme travailleur forcé durant la guerre. De retour en France en 1949, la famille avait renoncé à changer de nom, faute de moyens et face aux complexités administratives. Charles Hittler a choisi de le porter fièrement.
Quant à Antoine Renault-Zielenski, le nom de Zielenski lui vient de sa mère d’origine polonaise, à qui il a voulu rendre hommage. « Il y a des blagues un peu limites, mais tant que ça reste bon enfant… Si ça peut permettre à certains de découvrir notre ville, il faut en profiter ! », a-t-il déclaré avec philosophie.
Leurs programmes, eux, restent résolument locaux : renforcement des liens entre habitants et sécurité pour Hittler, promotion du tourisme rural pour Zielenski. Des préoccupations qui, dans le vacarme médiatique, peinent à se faire entendre.
Le verdict tombe dimanche.

