Le 9 avril 1959, un Douglas DC-3 de la COHATA (Compagnie Haïtienne de Transports Aériens) décolla des Cayes avec vingt-cinq passagers et un équipage de six personnes pour un vol de quarante-cinq minutes vers Port-au-Prince. Aux commandes se trouvait le Major Eberle Guilbaud, 42 ans, père de neuf enfants et l’un des pilotes les plus habiles de la République, formé au projet Tuskegee en 1944.
Peu après le décollage, deux hommes portant des brassards rouges quittèrent leurs sièges, pénétrèrent dans le poste de pilotage revolvers au poing et ordonnèrent à Guilbaud de mettre le cap sur Cuba. Quatre autres complices, embarqués vingt minutes plus tôt à Jérémie, tenaient les passagers en respect. Un coup de feu éclata. Guilbaud s’effondra sur son siège, touché à la tête par une balle perdue. Il était la seule victime de l’opération.
Le copilote fut contraint de poursuivre vers Santiago de Cuba. À l’atterrissage, les six pirates — parmi lesquels l’ancien officier Daniel Georges, Robert Victor, Hubert Dupuy, Carl Beliard, Jacques Laforest et Jean-Claude Bourand, tous partisans de Louis Déjoie affiliés au Mouvement pour la Révolution Interne (M.R.I.) — réclamèrent l’asile politique au gouvernement de Fidel Castro, qui refusa l’extradition demandée par Port-au-Prince et les laissa demeurer à Cuba.
Le lendemain, le ministre des Affaires étrangères, le Dr Louis Mars, confirma que la majorité des passagers avaient regagné Haïti. Parmi les ressortissants étrangers se trouvaient une religieuse canadienne, Sœur Marie de la Visitation, le Major britannique John Munroe et deux citoyens américains. L’avion fut restitué à la COHATA peu après l’incident.

