Dans les couloirs de Meta, certains salariés étaient devenus des « légendes » non pas pour leurs résultats, mais pour leur consommation massive d’intelligence artificielle. Jusqu’à 281 milliards de tokens utilisés en un mois. Un classement interne, baptisé « Claudeonomics », récompensait même les plus gros consommateurs d’IA avant d’être discrètement supprimé après des fuites.
Le phénomène porte désormais un nom : le « tokenmaxxing ». Popularisée début 2026 dans la Silicon Valley, cette pratique transforme l’usage de l’IA générative en compétition interne. Plus un employé consomme de tokens — l’unité servant à mesurer les requêtes envoyées à des outils comme OpenAI, Anthropic ou Google — plus il affiche sa supposée productivité.
Chez Meta, selon des révélations du média The Information, un tableau d’honneur suivait la consommation IA des 85 000 employés du groupe. Des badges comme « Token Legend » ou « Session Immortal » valorisaient les utilisateurs les plus actifs. L’objectif implicite : montrer que les milliards investis dans l’intelligence artificielle sont effectivement utilisés.
Le mouvement gagne d’autres géants technologiques. Chez Amazon, des développeurs seraient encouragés à utiliser chaque semaine des agents IA internes. Salesforce aurait même mis en place un suivi individuel des dépenses en tokens. Quant au patron de NVIDIA, Jensen Huang, il estime qu’un ingénieur très bien payé devrait consommer massivement d’outils IA pour rester compétitif.
Mais cette frénésie inquiète déjà plusieurs experts. Une étude de Faros AI, menée auprès de 22 000 développeurs, montre une explosion du « code churn », c’est-à-dire du code produit puis supprimé peu après. Les équipes utilisant intensivement l’IA génèrent davantage de contenu, mais aussi davantage d’erreurs et de travail jeté.

