Comment un pays qui ne représente qu’environ 0,02 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre peut-il être parmi ceux qui subissent le plus lourdement les conséquences du dérèglement climatique ? À Haïti, ce paradoxe résume une réalité devenue difficile à ignorer : le pays contribue à peine au réchauffement mondial, mais en paie une facture disproportionnée.
Le Représentant résident du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) en Haïti, Xavier Michon, a rappelé cette réalité mardi 11 août, lors de l’atelier de clôture du projet de Soutien à la mise en œuvre de la contribution déterminée au niveau national (CDN), organisé à Port-au-Prince.
Cyclones plus destructeurs, inondations, sécheresses, pertes agricoles et dégâts économiques : les effets du changement climatique se multiplient alors que les moyens disponibles pour y répondre demeurent limités.
Pour Xavier Michon, la prévention doit donc être considérée comme un investissement stratégique plutôt qu’une dépense secondaire. Selon le chiffre avancé lors de l’atelier, chaque dollar consacré à la prévention et à la réduction des risques pourrait permettre d’éviter jusqu’à sept dollars de pertes causées par les catastrophes.
Pendant 18 mois, le ministère de l’Environnement, le PNUD et l’Agence espagnole de coopération internationale pour le développement (AECID) ont travaillé au renforcement des capacités d’Haïti à mettre en œuvre ses engagements climatiques.
Le projet a notamment permis de multiplier les consultations nationales et les ateliers techniques, tout en favorisant un dialogue entre ministères, collectivités territoriales, société civile, secteur privé et partenaires techniques et financiers. Huit livrables stratégiques ont été produits afin de consolider les bases d’une action climatique mieux coordonnée.
L’ambassadeur d’Espagne en Haïti, Marco Antonio Peñín Toledano, a insisté sur un autre enjeu : la réussite d’un projet ne se mesure pas uniquement aux financements engagés, mais aussi aux compétences transférées, aux institutions consolidées et aux partenariats capables de survivre au projet.
Le ministre de l’Environnement, Valéry Fils-Aimé, a appelé à franchir l’étape suivante : transformer les engagements internationaux en résultats mesurables sur le terrain. Alors qu’Haïti prépare sa future CDN 3.0, il a plaidé pour une appropriation nationale accrue de la politique climatique.
Car pour un pays aussi exposé, la justice climatique ne se limite pas à constater la vulnérabilité. Elle suppose surtout de disposer des moyens nécessaires pour prévenir, s’adapter et réduire les pertes avant que les prochaines catastrophes ne surviennent.

