Le massacre perpétré par les gangs armés à Kenscoff, dans la nuit du 23 au 24 août 2026, confirme, s’il en était encore besoin, l’état de guerre déplorable dans lequel le peuple haïtien se débat depuis trop longtemps. Encore un bain de sang. Une centaine de vies fauchées, au vu et au su d’autorités de l’État qui se comportent en simples spectatrices.
Cet acte de guerre contre la population de Kenscoff n’est pas un fait divers ; il s’apparente à un génocide qui se déroule sous les yeux impuissants d’un État en déliquescence. Des pères, des mères, des enfants arrachés à la vie dans l’horreur et l’abandon.
Nul besoin d’être un stratège militaire pour constater l’expansion méthodique et criminelle des gangs dans la région métropolitaine de Port-au-Prince, qui englobe désormais plusieurs communes du département de l’Ouest, un territoire cerné de toutes parts.
Ce n’est évidemment pas un hasard si les deux départements les plus peuplés et les plus dynamiques sur le plan économique, l’Ouest et l’Artibonite, sont les cibles privilégiées de ces groupes armés. L’Artibonite, grenier agricole du pays, et Kenscoff, principal bassin maraîcher de l’Ouest, approvisionnent une grande partie de la population et assurent la prospérité économique des planteurs et des marchandes.
Cette offensive s’inscrit dans une logique systémique visant à anéantir Haïti dans son ensemble.
Les tueries comme celles de Kenscoff ne sont pas des actes isolés ; elles répondent à une dynamique structurellement organisée.
Depuis plusieurs années, les gangs parviennent à s’approvisionner en armes et munitions sur le marché international sans rencontrer de véritables obstacles.
Le sang de Kenscoff interpelle la conscience nationale, mais il exige surtout un sursaut collectif : celui de garantir enfin le droit de vivre en Haïti.
Ce drame replace la question sécuritaire au sommet des priorités nationales. La vie du peuple haïtien est livrée en pâture à la furie criminelle des gangs, que les pouvoirs publics tolèrent, par action ou par omission.
Assez de mesures cosmétiques ! Cessons les saupoudrages sécuritaires. Le problème dépasse le cadre de simples opérations policières ou militaires ponctuelles. Il exige une approche globale, à la hauteur de la complexité d’un mal profond qui vise la destruction systématique du pays sur tous les plans : sécurité, stabilité, prospérité et souveraineté.
C’est l’existence même d’Haïti en tant que nation qui est en jeu.
L’État doit vouloir, savoir et pouvoir.
· Vouloir : protéger le peuple coûte que coûte.
· Savoir : déjouer les desseins obscurs qui se trament dans l’ombre.
· Pouvoir : assumer pleinement ses responsabilités régaliennes sans tergiversation.
Trois impératifs catégoriques s’imposent pour restaurer la sécurité en Haïti :
1. Tarir, sans faille ni répit, l’approvisionnement des gangs en armes et munitions.
2. Démanteler et réprimer sévèrement les filières de complicités, internes comme externes.
3. Encadrer les jeunes vulnérables pour les soustraire définitivement à l’emprise des recruteurs de gangs.
Certes, les plus hautes autorités en place portent la responsabilité première de ce chaos. Mais il incombe à chaque Haïtienne et à chaque Haïtien, de tous les secteurs de la vie nationale, le devoir sacré de conjuguer leurs efforts humains et patriotiques pour restaurer le droit légitime de vivre en Haïti.
RESTAURONS LE DROIT DE VIVRE EN HAÏTI
Le pays avant le pouvoir, et le pouvoir pour servir.
Evans PAUL
Centre
ABC : ATIZAN BON CHANJMAN
Delmas, Haïti
Jeudi 27 août 2026

