En janvier 1859, une révolte met fin au règne de l’empereur Faustin Soulouque, contraint d’abdiquer sous la pression d’une insurrection née aux Gonaïves. Le général Fabre-Nicolas Geffrard prend la tête de l’État, prête serment le 23 janvier 1859 et proclame la restauration de la République sous la Constitution de 1846 amendée.
Bien qu’il se pose en réformateur, il conserve le statut de président à vie, ce qui nourrit la méfiance des républicains radicaux. Le retour au pouvoir de l’élite mulâtre, après une décennie de domination noire, aggrave les tensions coloristes. Dès le huitième mois de son mandat, plusieurs complots visent à le renverser.
Le soir du 3 septembre 1859, des conspirateurs s’apostent aux abords de la maison de sa fille, Cora Manneville-Blanfort, âgée de vingt-trois ans et enceinte, où le président se rend habituellement. Profitant de l’obscurité, le tireur Timoléon Vanon glisse le canon de son tromblon (« trabouc ») à travers les persiennes en bois et tire à bout portant. La dispersion de plomb de gros calibre atteint mortellement Cora à la tête. Les assaillants prennent la fuite.
La répression est immédiate et féroce. Le ministre de l’Intérieur Guerrier Prophète, principal instigateur, est condamné à mort par contumace. Le 17 septembre 1859, seize conjurés sont fusillés à Port-au-Prince. Cet attentat inaugure une longue série de complots qui déstabiliseront le régime jusqu’à la déposition de Geffrard en mars 1867.

