Il faut presque être un devin, capable de lire dans une bouteille noire, pour saisir ce qui se joue ces derniers jours en Haïti. À Kenscoff, le pouvoir a choisi le mensonge comme stratégie de communication. Contrairement aux récits officiels, il n’y a pas eu de combat pour reprendre la tour de Téléco : seulement une négociation discrète avec les bandits. Les communiqués triomphants évoquant des fusils saisis relèvent de la mise en scène.
À Solino, le retour semble s’amorcer de la même manière : sans affrontement. D’un simple appel, Barbecue a demandé à la population de regagner ses foyers. Une manifestation a aussitôt traversé Nazon jusqu’au Carrefour de l’Aéroport, et les habitants reviennent peu à peu, au compte-gouttes, à Delmas 30, à Solino, à l’avenue Pouplard. Mais que retrouvent-ils ? Un désert calciné, des maisons en ruines. De toutes les façons, ils seront mieux sur les ruines que dans les sordides camps de fortune.
Qui accompagnera ces familles ruinées dans la reconstruction ? Les ONG, certainement. Bien d’entre elles sont déjà prêtes à investir ce nouveau terrain de misère. Comme toujours, la « résilience » haïtienne si vantée fera le reste. Les habitants bâtiront leurs abris de fortune avec du carton, des tôles usées, des bâches de plastique, avant de retrouver les blocs et le ciment. Le ghetto renaîtra….en bidonville.
Pendant ce temps, le « blanc » s’avance vers ce qui ressemble à une victoire. Sa « paix » avec les gangs est en marche. Ce n’est pas un hasard si, dans sa feuille de route pour Haïti, l’OEA avait déjà tracé la voie en privilégiant l’humanitaire au sécuritaire. Le « blanc » n’a jamais cessé de garder la télécommande de l’insécurité. Compliments à Viv Ansanm, mission accomplie :
*Jan blan an te mande l la*
Reste une série de questions : Que deviendront les cinq millions de dollars, suspendus au-dessus de Barbecue comme une épée de Damoclès ? On lui offrira peut-être, qui sait, un bon deal, pour service rendu.
À quoi serviront Éric Prince et ses drones, si la paix s’installe ? On imagine déjà la solution : les mercenaires se recycleront en gardiens permanents de la paix.
Que deviendront la MMS et autres « missions de paix » ? Elles se métamorphoseront en missions de « maintien de la paix ». Toujours les mêmes millions pour les mêmes vautours. Mais fallait-il pour cela détruire Haïti ? Hôpitaux incendiés, écoles rasées, commerces anéantis, patrimoine effacé, meurtres, viols. Des vies brisées.
C’est le prix de cette duplicité.
Michel Legros
Sitwayen pou Respè Konstitisyon
sitwayenpourespekonstitisyon@gmail.com 27 août 2025

