Le poète et dramaturge haïtien Jean d’Amérique, né Jean Civilus, raconte un énième contrôle policier à Paris motivé par la couleur de sa peau. «Je vis quotidiennement avec cette angoisse», se lamente le jeune de 27 ans, qui raconte sa mésaventure sur Twitter.
»Énième contrôle dit d’identité : dans une foule de personnes blanches se dirigeant vers le métro, deux flics m’arrêtent pour me fouiller. Je demande pourquoi ils veulent me contrôler et pas les autres. « Nous choisissons qui nous voulons, c’est comme ça », répliquent-ils.
»Mon tél allumé dans ma main, les policiers me demandent de l’éteindre en montant le ton, en me menaçant. Ils disent que c’est interdit de filmer.
»Ils fouillent mon sac. Dos au mur et bras levés, ils me font une « palpation » – faudrait oublier son intimité pour vivre ce truc.
»En France, le racisme marche à tes côtés. Ne l’ignore pas. Il marche avec toi, si t’es une personne racisée. Tu peux pas l’ignorer. J’ai l’habitude des contrôles au faciès. Mais je ne m’habitue pas, je ne peux pas m’habituer à l’angoisse et l’humiliation que cela me procure.
»Pas besoin de préciser que je suis un jeune homme noir et que les policiers étaient blancs. Pour qui osera peut-être dire que ce n’est pas un contrôle au faciès et que ce n’est qu’un « contrôle d’identité » : est-ce qu’une personne blanche a déjà vécu ça ? »
Jean d’Amérique incarne à 27 ans la nouvelle garde de la littérature haïtienne. Auteur de plusieurs pièces de théâtre qui ont fait l’objet de lectures publiques – Opéra Poussière (Prix RFI Théâtre), Avilir les ténèbres (2018, finaliste du prix RFI Théâtre) et Cathédrale des cochons (éd. Théâtrales, 2020, prix Jean-Jacques Lerrant des Journées de Lyon, finaliste du prix RFI Théâtre), il a également publié trois recueils de poésie remarqués : Petite fleur du ghetto (Atelier Jeudi soir, 2015 ; mention spéciale du prix René Philoctète, finaliste du prix Révélation poésie de la SGDL), Nul chemin dans la peau que saignante étreinte (Cheyne éditeur, 2017 ; lauréat du prix de la Vocation de la fondation Marcel Bleustein-Blanchet, finaliste du prix Fetkann de poésie) et Atelier du silence (Cheyne éditeur, 2020). Sélection Troisième Bureau / Regards Croisés pour Cathédrale des cochons, 2020 Lauréat du prix RFI théâtre pour Opéra poussière, 2021 Prix Heredia de l’Académie française pour Rhapsodie rouge, 2022.

