De son nom complet Marie-Clothilde Bissainthe, elle voit le jour le 2 avril 1934 au Cap-Haïtien, vers la fin de l’Occupation américaine. Elle quitte Haïti très jeune pour étudier aux États-Unis, puis arrive à Paris en 1953. Si elle conserve des souvenirs flous de son enfance en Haïti, elle reste profondément attachée à ses racines et à la culture haïtienne.
Passionnée par le théâtre, elle s’installe à Paris et, en 1956, co-fonde la compagnie Les Griots, première troupe de théâtre africaine en France. La compagnie, une référence aux conteurs traditionnels africains, se distingue en mettant en scène des œuvres d’auteurs renommés comme Samuel Beckett et Eugène Ionesco. Toto Bissainthe y interprète également des poèmes d’Aimé Césaire et de René Depestre, montrant déjà son talent pour la fusion des arts.
Transition vers la Musique
Dans les années 1970, Toto Bissainthe s’oriente vers la musique avec un travail ethnographique qui la conduit à collecter et interpréter des chants vaudou et populaires haïtiens. En 1977, elle enregistre son premier album « Toto Bissainthe chante Haïti », où elle mêle mélodies traditionnelles et compositions originales. Ses chansons reflètent les souffrances et la spiritualité des Haïtiens, marquant profondément ses auditeurs.
Durant la dictature des Duvalier, Toto Bissainthe devient une véritable ambassadrice de la culture haïtienne en Europe et en Afrique. Elle utilise sa voix pour dénoncer les injustices et soutenir ses compatriotes exilés. En 1986, après la chute de Jean-Claude Duvalier, elle rentre enfin en Haïti avec l’espoir de participer à la reconstruction de son pays, bien que la transition démocratique et les conflits politiques la déçoivent profondément.
Malgré ces déconvenues, Toto Bissainthe continue de chanter pour Haïti, son engagement restant intact. Après son second album sorti en 1983, en Haïti. Elle poursuit son travail créatif, soutenue par son époux, le journaliste américain Michael Norton. Elle collabore également avec des artistes et écrivains comme Syto Cavé et Lyonel Trouillot. Le 4 juin 1994, elle succombe à une cirrhose. Elle laisse derrière elle deux filles, Milena et Souqhaina, ainsi que trois petits-enfants. Son mari Michael Norton, la suivra dans la tombe en 2008 à l’âge de 66 ans.
Un Héritage Inoubliable
Toto Bissainthe reste dans les mémoires comme une gardienne passionnée de la culture et du patrimoine haïtien. Elle a su réinventer la musique populaire de son pays en y ajoutant une touche d’authenticité qui la rendait facilement reconnaissable. Son influence sur les créateurs contemporains est indéniable, comme en témoigne la metteure en scène Dieuvela Etienne, qui a nommé sa compagnie de théâtre en son honneur. Trente ans après sa disparition, son influence et son œuvre demeurent vivantes et vibrantes.
Discographie Sélective
« Toto à New York » (1975)
« Toto chante Haïti » (1977, Prix de la chanson TF1 1978)
« Haïti Chanté – Chant du Monde » (1995, réédition)
« Rétrospective » (2006)
Filmographie
« Les tripes au soleil » (1959)
« La Noire de… » (1966)
« West Indies » (1979)
« L’homme sur les quais » (1993)

