À l’ombre des grandes dates qui ont façonné l’histoire haïtienne, une mémoire vive s’est ravivée, vendredi 9 janvier 2026, à l’initiative de la Direction nationale du livre (DNL). Dans le cadre du centenaire de René Depestre, une conférence-débat d’envergure a replongé le public au cœur du Mouvement de 1946, cette secousse politique et intellectuelle qui précipita la chute du président Élie Lescot et ouvrit une nouvelle page de la conscience nationale.
Au centre des échanges : le rôle incandescent du jeune Depestre et de sa génération, poètes de la révolte autant que militants de l’espérance. Deux voix majeures ont porté la réflexion : l’historien Pierre Buteau et le professeur Victor Benoit. Dans une intervention magistrale, Pierre Buteau a proposé une lecture croisée des constitutions haïtiennes, notamment celles de 1889 et de 1946, mettant en lumière les tensions entre héritage institutionnel, quête démocratique et souffle indigéniste. Une plongée érudite, mais accessible, dans l’architecture politique d’un pays en quête de refondation.
Victor Benoit, pour sa part, a redonné chair aux « Cinq Glorieuses » – du 7 au 11 janvier 1946 – lorsque des jeunes militants, parmi lesquels René Depestre, Jacques Stephen Alexis et Gérald Boncourt, unirent leurs forces à la jeunesse estudiantine et aux masses populaires pour forcer la capitulation du pouvoir. Il a également revisité l’analyse d’Aimé Césaire sur les trois grands temps de la dénonciation du colonialisme, reliant la pensée anticoloniale aux combats haïtiens.
En clôture, le directeur général de la DNL, Ernst Saint Louis, a salué l’engagement des acteurs culturels et politiques, rappelant que les locaux de l’institution demeurent ouverts à toutes initiatives artistiques et intellectuelles. Une invitation claire : faire du livre et du débat des armes de lucidité, à la hauteur de l’héritage de René Depestre.


