L’Office National d’Assurance Vieillesse (ONA) a été créé par le décret du 28 août 1967, instituant l’assurance vieillesse obligatoire en Haïti. Ce décret a également établi l’ONA en tant qu’organisme autonome d’utilité publique, fonctionnant sous la haute supervision du Ministère des Affaires Sociales et du Travail (MAST) et disposant d’une personnalité juridique propre.
La mission principale de l’ONA est de garantir aux assurés une pension de retraite, contribuant ainsi à la sécurité sociale des travailleurs haïtiens. Cette mission est consacrée par l’article 178 de la loi organique du Département des Affaires Sociales du 28 août 1967, généralement appelée la Loi sur les Assurances Sociales (LAS).
Cependant, une analyse des treize (13) dernières années de gestion des anciens Directeurs généraux révèle que, malgré trois augmentations des pensions, celles-ci sont restées insuffisantes face à l’inflation galopante et à l’augmentation du coût de la vie. Voici un aperçu des augmentations opérées sous différentes administrations :
- Sous M. Bernard DESGRAFF, en 2012, la rente viagère minimale était fixée à 3,360 gourdes.
- Feu Me Chesnel PIERRE, en 2018, a ajouté 1,000 gourdes à la rente viagère des pensionnés, portant ainsi la pension à 2,000 gourdes mensuelles pour ceux et celles qui perçoivent cette pitance.
- M. Jemley Marc JEAN-BAPTISTE de son côté a établi une grille pour les pensions se trouvant dans la fourchette de 650 à 1,000 gourdes, il a fait ajouter 213,94 gdes à leur rente.
- Mme Marguerite Berthe MARESCOT, en mars 2023, a élevé la rente minimale à 5,000 gourdes.
Ces augmentations restent dérisoires, voire misérables, lorsqu’on les compare à la réalité économique, indexée au dollar et au coût de la vie. Elles ne permettent même pas à certains pensionnés de se nourrir correctement pendant une journée.
Les deux nouveaux responsables de l’ONA, ayant respectivement plus de 34 et 23 ans de service à l’Office, héritent d’une institution confrontée à des défis majeurs. Il est évident que :
- a) Une grande partie des entités administratives de l’ONA n’est pas informatisée ;
- b) Le système informatique n’est pas implémenté dans les 14 bureaux qui ne sont pas interconnectés ;
- c) Les prêts tels que : Prêts sur cotisation, Ona-Pam, Ona-Fanm, Prêts hypothécaires, Business-Pam, Crédits-énergie et Crédits-auto sont pour la plupart fermés. Ceux encore debout ne génèrent pas les dividendes escomptés en raison de leur mauvaise gestion et des problèmes liés à l’identification de certains biens de l’Office;
- d) Une large majorité des créances est irrécouvrable malgré la conjoncture et la mauvaise foi de certains débiteurs ;
- e) La formation des employés a été largement négligée par les administrations précédentes ;
- f) L’influence politique entrave le bon fonctionnement de l’ONA, limitant la capacité des responsables à prendre des décisions efficaces ;
- g) Les placements financiers de l’ONA ne génèrent pas de bénéfices en raison de l’inflation qui dévalue la gourde ;
- h) La vague de nominations incessantes a entravé la croissance et la stabilité ;
- i) Les exigences abusives des hommes politiques corrompus menacent l’intégrité de l’institution ;
- j) Les relations tendues entre Directeurs généraux et leurs adjoints ont créé un environnement de travail qui laisse à désirer ;
Sans compter, la mise à part des problèmes structurels et organisationnels, l’institution souffre également d’un syndrome de promotion chronique ou (syndrome de Peter).
Tous ces facteurs, combinés à la fermeture de plus de cinq cents entreprises en raison de l’insécurité, ont fragilisé l’administration passée.
En toute vérité, l’ONA n’a jamais connu une situation aussi catastrophique. Cependant, avec l’arrivée de ces deux responsables à la tête de cette institution, qui compte sept mille pensionnés et plus de trois cents mille assurés qui souffrent, l’espoir renaît. Ces derniers possèdent une expérience considérable. Le Directeur général, M. Ronald BAZILE, comptable et ingénieur de formation, a plus de 25 ans d’expérience dans la gestion des opérations et des réseaux. Il connaît parfaitement les entreprises cotisantes de l’ONA ainsi que l’emplacement de ses biens. Ayant gravi plusieurs échelons au sein de l’institution, il a désormais le privilège de la diriger, espérons-le, en bon père de famille.
En second lieu, M. D’Johnson ABSOLUS, avocat de formation, a une solide expérience dans le traitement des dossiers des pensionnés et a œuvré pour la numérisation des données à la Direction de la Gestion des Pensionnés (DGP), bien que ce travail soit encore loin d’être achevé.
Il incombe à ces deux responsables de saisir cette occasion opportune pour transformer l’ONA en profondeur en choisissant les bons Directeurs techniques et cadres compétents. Ils doivent restructurer non seulement en surface, mais aussi en profondeur les directions et services de l’ONA. L’image de cette institution est ternie de jour en jour, mais elle peut être redressée, si ces deux dirigeants expérimentés prennent les mesures suivantes:
- Informatiser toutes les structures de l’ONA ;
- Nommer des femmes et des hommes compétents à leurs postes ;
- Recouvrer toutes les créances et dettes de l’institution ;
- Mettre en place une gestion axée sur des résultats satisfaisants ;
- Fixer des objectifs (SMART) : Spécifique, Mesurable, Atteignable et Temporellement définie ;
- Élaborer un guide de procédures pour toutes les directions, services et unités de l’ONA ;
- Mettre en place des crédits pour permettre de nouvelles rentrées de fonds ;
- Se débarrasser des employés fantômes et des « disciples de sinécure » ;
- Ignorer les propositions nuisibles qui entravent la réforme ;
- Poursuivre en justice ceux et celles qui ont dilapidé les fonds de l’institution et demander des peines et des réparations pour leurs forfaits.
Il est important de rappeler que l’ONA traverse une situation économique difficile, avec une masse salariale lourde et des obligations fiscales élevées, sans oublier les pressions politiques constantes. Cependant, une grande opportunité se présente avec ces deux responsables. S’ils parviennent à surmonter leurs différences, à mettre leur orgueil de côté et à allier leur dévouement, leur énergie et leur compétence, ils ont toutes les chances de laisser une empreinte positive et durable dans cette institution.
Cette vision est partagée par de nombreux employés qui souhaitent voir l’ONA dirigé par des personnes honnêtes et compétentes ayant fait leur carrière au sein de l’institution. Si cette demande est légitime, il est essentiel que tous les employés coopèrent avec la nouvelle équipe afin de privilégier les intérêts de l’ONA avant leurs intérêts personnels. En tant que chrétiens et personnes positives, nous devons prier pour que la paix règne dans notre pays et que nos institutions puissent offrir des services exceptionnels et de qualité.
Si nous y croyons et travaillons en conséquence, il y a de fortes chances que cela devienne une réalité.
Jean Maudrel

