Les élections en Haïti : Un scrutin compromis par l’insécurité
La tenue d’élections générales en Haïti avant la fin de l’année semble de plus en plus irréaliste, en raison de l’emprise persistante des gangs armés sur le pays. L’International Crisis Group (ICG) a récemment publié un rapport appelant les autorités à repousser le scrutin, soulignant l’incapacité actuelle à garantir la sécurité des candidats et des électeurs.
Les violences orchestrées par les gangs ont récemment atteint un niveau alarmant, comme en témoigne le massacre d’une dizaine de personnes près d’une académie de police à Pétion-Ville. Selon Diego Da Rin, analyste à l’ICG, ces groupes criminels exercent un contrôle quasi total sur les déplacements des habitants, ce qui pourrait gravement compromettre la légitimité des élections.
Les gangs, qui dominent plus de 80 % de Port-au-Prince et une grande partie de l’Artibonite, pourraient même influencer le scrutin en faveur de candidats leur étant favorables, voire chercher à constituer leur propre parti politique. L’un de leurs chefs, Jimmy « Barbecue » Chérizier, n’a d’ailleurs pas exclu cette possibilité.
Malgré ce climat de violence, le Conseil présidentiel de transition, dirigé par Leslie Voltaire, maintient son objectif d’organiser le premier tour des élections en novembre et le second tour en janvier 2026. Il prévoit également un référendum constitutionnel en mai, une initiative jugée irréalisable par l’ICG au vu des conditions sécuritaires précaires.
La force multinationale de soutien, dirigée par le Kenya, n’a pas encore réussi à contenir l’expansion des gangs. Avec seulement 400 policiers déployés sur les 2500 prévus, l’intervention étrangère peine à ramener l’ordre. De plus, l’incertitude politique aux États-Unis, notamment en cas d’un retour de Donald Trump, pourrait affecter le financement de cette mission. L’ONU envisage de transformer cette opération en mission de paix, mais cette approche est compliquée, car il n’y a pas de paix à préserver en Haïti.
À cette instabilité sécuritaire s’ajoutent des tensions politiques internes, notamment des conflits au sein du Conseil présidentiel de transition et des accusations de corruption. Ces luttes de pouvoir détournent l’attention des autorités de la crise sécuritaire majeure qui frappe le pays.
Face à cette situation, l’ICG recommande aux dirigeants haïtiens de fixer des objectifs concrets en matière de sécurité avant de planifier des élections, quitte à prolonger le mandat du Conseil présidentiel de transition. Une stabilisation durable reste une condition essentielle pour garantir un scrutin crédible et légitime.

