par Jacques Pj Provost
Pour comprendre l’intérêt américain pour le Venezuela, il suffit de regarder les chiffres. Le pays possède environ 304 milliards de barils de réserves prouvées de pétrole, soit les plus grandes réserves au monde. C’est plus que l’Arabie saoudite, plus que l’Iran, plus que l’Irak. Pendant des décennies, le régime chaviste a utilisé cette manne pour financer ses programmes sociaux et acheter des alliances internationales. Mais les sanctions américaines, la mauvaise gestion et l’effondrement des infrastructures ont fait chuter la production de 3,5 millions de barils par jour au début des années 2000 à moins de 800 000 barils aujourd’hui.
Trump l’a dit sans détour : les États-Unis vont « reconstruire l’infrastructure pétrolière » et « vendre ce pétrole à d’autres nations ». Interrogé sur les préoccupations chinoises concernant le contrôle de ces ressources, Trump a balayé la question d’un revers de main, affirmant que sa « bonne relation » avec le président Xi Jinping garantissait qu’il n’y aurait « pas de problème ». La Chine, premier importateur de pétrole au monde et l’un des principaux créanciers du Venezuela, pourrait ne pas voir les choses de la même manière. Mais pour l’instant, Pékin se contente de protestations verbales. La confrontation économique viendra peut-être plus tard.
Les compagnies pétrolières américaines en embuscade
En novembre 2025, la leader de l’opposition vénézuélienne María Corina Machado avait promis, lors d’une réunion d’affaires à Miami en présence de Trump, d’ouvrir les réserves de pétrole et de gaz du Venezuela aux investisseurs étrangers. Cette promesse n’est plus théorique. Avec Maduro écarté et les États-Unis aux commandes, les compagnies pétrolières américaines — ExxonMobil, Chevron, ConocoPhillips — pourraient bientôt revenir en force dans un pays d’où elles avaient été expulsées par le régime chaviste. Les enjeux financiers sont colossaux. Des centaines de milliards de dollars sont en jeu.
Mais cette ruée vers l’or noir ne sera pas sans défis. L’infrastructure pétrolière vénézuélienne est dans un état désastreux après des années de négligence et de corruption. Des milliards de dollars d’investissements seront nécessaires pour relancer la production. Et la question de la légitimité du nouveau gouvernement — quel qu’il soit — déterminera si les investisseurs internationaux se sentiront suffisamment en sécurité pour s’engager. Trump semble convaincu que la présence militaire américaine garantira cette stabilité. L’histoire des interventions américaines suggère que les choses sont rarement aussi simples.
Le pétrole. Toujours le pétrole. On peut habiller l’intervention de toutes les justifications qu’on veut — lutte contre la drogue, défense de la démocratie, protection des citoyens américains — mais au fond, c’est toujours la même histoire. L’Irak avait du pétrole. La Libye avait du pétrole. Le Venezuela a du pétrole. Il y a des pays où des dictateurs commettent des atrocités bien pires que Maduro, mais qui n’ont pas la malchance de flotter sur un océan d’or noir. Ceux-là, personne ne vient les « libérer ».

