Le journalisme est un métier de médiation. Comme la médecine ou le droit, il comporte des spécialisations qui exigent des compétences distinctes. Interviewer un cardiologue ne s’improvise pas. Il en va de même pour un avocat.
Or, dans le paysage médiatique haïtien, la spécialisation journalistique demeure imparfaite. On constate que certains journalistes ne maîtrisent pas toujours les fondements de l’exercice de l’interview.
Au lieu de faciliter l’explicitation d’un savoir complexe, le journaliste entre parfois en compétition avec son invité. Il interrompt, contredit sur le fond, recherche la formule-choc. Cette posture méconnaît l’essentiel : dans une interview technique, le journaliste n’est pas le contradicteur, il est le passeur. Son rôle est de faciliter la compréhension de l’auditoire, non de se livrer à un échange de répliques avec son invité. Il ne peut se substituer à lui. L’exception légitime relève du champ politique : face à un acteur qui instrumentalise la parole publique, la contradiction est un devoir. Mais face à un expert qui expose son domaine de compétence, l’interruption systématique dessert l’auditoire et révèle un manque de maîtrise du métier.
L’exemple de Me Samuel Madistin est éclairant. Il n’est pas seulement reconnu comme un avocat chevronné ; il confirme sa compétence par les nombreux dossiers complexes qu’il a plaidés et gagnés devant toutes les juridictions haïtiennes. Ses différentes interviews accordées à des journalistes témoignent de sa maîtrise du droit, notamment du droit pénal haïtien.
J’évolue aux États-Unis, où j’ai accès à des professeurs parmi les meilleurs de la planète. J’ai toujours reconnu en Me Madistin un juriste de haut niveau.
C’est pourquoi, chaque fois que j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec lui, je lui ai toujours conseillé de demander au journaliste qui souhaite l’interviewer, en radio ou en télévision, de clarifier à quel titre il le reçoit : cherche-t-il une expertise juridique sur un dossier d’intérêt national ou vise-t-il une confrontation juridique ? Sans cette clarification préalable, il risque d’être déçu par l’attitude de certains journalistes.
Enfin, une autre pratique regrettable persiste dans la société haïtienne : de jeunes journalistes ayant étudié le droit et continuant d’exercer le journalisme ne distinguent pas ces deux champs, pourtant fondamentalement différents. Or, ces deux métiers ne sont pas synonymes et appellent des postures professionnelles distinctes.
En Haïti comme dans l’espace médiatique haïtien à l’étranger, le métier de journaliste mérite d’être réévalué. Les médias ont l’obligation d’exiger des diplômes de spécialisation dans leur processus de recrutement. Car les patrons de médias portent une lourde responsabilité dans ce chaos médiatique.
Calvin Ford Cabeche
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