Seize ans après le sacre de Johannesburg, l’Espagne retrouve le toit du football mondial. Au MetLife Stadium, devant plus de 80 000 spectateurs et une planète entière suspendue à cette finale, la Roja a dompté une Argentine héroïque et methodique, s’imposant 1-0 après prolongation. Un but, un seul, aura suffi à faire basculer l’histoire : celui de Ferran Torres, surgi à la 106e minute pour couronner quatre années de patience et de reconstruction.
Un round d’observation, puis la rupture
Le scénario avait tout d’un remake des grandes finales fermées. Pendant plus d’une heure et demie, l’Espagne a occupé le ballon avec sa maîtrise coutumière — Rodri en chef d’orchestre, Fabian Ruiz et Dani Olmo en relais, Lamine Yamal électrisant chaque incursion offensive — sans parvenir à percer une muraille argentine disciplinée et rugueuse. En face, Lionel Scaloni avait construit un bloc bas, prêt à faire déjouer la Roja comme jamais auparavant dans ce tournoi.
Le temps réglementaire s’achève sur un score vierge. Il faudra la prolongation, et une équipe argentine réduite à dix, pour que la digue cède enfin. Sur un centre de Pedro Porro, Nico Williams remise de la tête, et Ferran Torres n’a plus qu’à pousser le ballon au fond des filets, laissant Emiliano Martinez sans réaction. L’attaquant du FC Barcelone entre instantanément dans la légende du football espagnol, aux côtés d’Andrés Iniesta, auteur du but de la finale 2010.
De la Fuente, l’architecte discret d’un règne
À 65 ans, Luis de la Fuente devient l’entraîneur le plus âgé à avoir soulevé le trophée de champion du monde. Arrivé après l’échec du Qatar 2022, le sélectionneur a bâti autour d’une génération biberonnée à la victoire — de Rodri à Lamine Yamal — une équipe qui aura remporté ce Mondial avec la même régularité que son Euro 2024 en Allemagne. Il n’a caché ni son émotion, ni sa fierté d’avoir accompagné des joueurs qu’il juge porteurs d’un potentiel exceptionnel pour le football espagnol.
Cette victoire scelle un doublé Euro-Mondial que seule une poignée de sélections ont réalisé dans l’histoire du football. Elle installe surtout l’Espagne, invaincue sur ses 38 dernières rencontres toutes compétitions confondues, comme la référence incontestable du football continental — l’Europe s’étant adjugé cinq des six dernières éditions de la Coupe du monde.
Messi, une quatrième désillusion
Pour l’Argentine, tenante du titre, cette finale restera un nouveau rendez-vous manqué sur la plus haute marche. C’est la quatrième fois que l’Albiceleste s’incline en finale mondiale, après 1930, 1990 et 2014. Lionel Messi, à 39 ans et sans doute lors de son dernier Mondial, a salué avec sobriété la supériorité espagnole sur l’ensemble de la rencontre, tout en disant vouloir retenir le positif de son parcours.
Une nuit de gala à New York
Le cadre était à la hauteur de l’enjeu : cérémonie d’ouverture avec Robbie Williams, Nicole Scherzinger et Laura Pausini, remise du trophée par les légendes Mario Kempes et Andrés Iniesta, hymnes chantés devant un parterre de stars du sport et du divertissement. Un symbole aussi pour cette Coupe du monde à 48 équipes, la première organisée conjointement par les États-Unis, le Mexique et le Canada, qui s’achève après plus d’un mois de compétition entamée le 11 juin.
Deux étoiles, une dynastie qui s’installe
En rejoignant la France au rang des nations à deux titres mondiaux consécutifs de génération, l’Espagne confirme surtout un cycle de domination entamé il y a plusieurs années : titre continental en 2024, victoire mondiale en 2026. Une Roja intergénérationnelle, mêlant l’expérience de Rodri et Laporte à la fulgurance de Lamine Yamal, qui a désormais toutes les cartes en main pour écrire encore l’histoire du football mondial dans les années à venir.
Score final : Espagne 1-0 Argentine (après prolongation) — Buteur : Ferran Torres (106e)

